Une fois n'est pas coutume, les hommes et les enfants d'abord... Pour la commission des Affaires sociales qui, au Sénat, planche actuellement sur la vingtaine de propositions de loi récentes relatives aux congés " thématiques " (ces petits congés en cas de naissance, d'adoption, de deuil et de maladie d'un proche), c'est le sort des pères qu'il faut régler rapidement. Les experts l'ont en effet démontré : pour de bonnes et de mauvaises raisons, les jeunes papas rechignent à prendre les dix jours de congé auxquels ils ont droit. Pourquoi ? Certains ressentent une " gêne " à imposer leur absence à leur patron,...

Une fois n'est pas coutume, les hommes et les enfants d'abord... Pour la commission des Affaires sociales qui, au Sénat, planche actuellement sur la vingtaine de propositions de loi récentes relatives aux congés " thématiques " (ces petits congés en cas de naissance, d'adoption, de deuil et de maladie d'un proche), c'est le sort des pères qu'il faut régler rapidement. Les experts l'ont en effet démontré : pour de bonnes et de mauvaises raisons, les jeunes papas rechignent à prendre les dix jours de congé auxquels ils ont droit. Pourquoi ? Certains ressentent une " gêne " à imposer leur absence à leur patron, là où d'autres craignent carrément de perdre leur emploi. D'autres évoquent une " pression sociale " trop forte ou estiment que la venue d'un bébé reste une affaire de femmes... Pour impliquer davantage les pères à l'accueil d'un nouveau-né, " on envisage de rendre le congé paternel obligatoire et d'en étendre la durée à 15 jours ", avance Nahima Lanjri (CD&V), présidente de la commission qui porte son nom. La refonte du congé parental (également facultatif) pourrait avoir un effet " mobilisateur " similaire. Le système actuel, complexe, opaque et financièrement dissuasif, autorise chaque parent à interrompre sa carrière pour s'occuper de son enfant en bas âge (pendant une période qui varie de 3 à 15 mois, selon que la pause est complète ou partielle). Dans la pratique, très peu d'hommes y recourent. Et certainement aucune mère isolée, à cause de la faiblesse du revenu de remplacement lié à ce congé - entre 123 et 726 euros brut par mois. Les experts relèvent en outre qu'en Europe, lorsque existe la possibilité de transférer du congé d'un partenaire à l'autre, c'est souvent la femme qui " se dévoue " - au détriment de sa vie professionnelle. La Suède, elle, n'y va donc pas par quatre chemins : sur les douze mois de congés légaux prévus pour chaque naissance, elle oblige le père à en prendre au moins deux, sinon ces deux mois sont perdus. " C'est une piste, estime Nahima Lanjri. Plutôt que de permettre des transferts de congés entre parents, dont on sait qu'ils échouent d'office aux femmes, on pourrait concevoir un "bonus" : offrir un mois de congé en plus, s'il est établi que l'homme et la femme se sont partagé équitablement la période "au foyer". "Une autre urgence attend les sénateurs. La Commission européenne vient de proposer une directive qui porterait, dans tous les Etats de l'Union, la durée minimale du repos de maternité à 18 semaines. En Belgique, elle est actuellement de 15 semaines, une durée des plus restrictives en Europe. " Nous devons réagir, poursuit Nahima Lanjri. Nous sommes l'un des pays où les bébés sont le plus rapidement mis en crèche. " Les propositions ne manquent pas. A côté du Vlaams Belang, qui recommande un congé de maternité de 3 ans, dont personne ne veut, l'Open VLD réclame le droit, pour les femmes dont le nouveau-né est décédé autour de la naissance, de pouvoir renoncer à leur repos de maternité. Aujourd'hui, ces mères affligées sont obligées de rester en congé, face à un berceau vide... Valérie Colin