Ali Israïlov est le père d'Oumar, l'ex-garde du corps du président tchétchène, abattu en janvier 2009 à Vienne. A l'automne 2004, alors qu'il se trouvait à Grozny, il a été capturé et torturé par les hommes de Ramzan Kadyrov, qui recherchaient son fils. Aujourd'hui, il attaque la Russie à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) et porte plainte contre la police autrichienne, qui avait refusé d'apporter protection à Oumar.
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Ali Israïlov est le père d'Oumar, l'ex-garde du corps du président tchétchène, abattu en janvier 2009 à Vienne. A l'automne 2004, alors qu'il se trouvait à Grozny, il a été capturé et torturé par les hommes de Ramzan Kadyrov, qui recherchaient son fils. Aujourd'hui, il attaque la Russie à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) et porte plainte contre la police autrichienne, qui avait refusé d'apporter protection à Oumar. Ali Israïlov : Les hommes de Kadyrov sont venus à mon travail en 2004, quelque temps après le départ précipité de mon fils. On attendait de moi que je donne son adresse à l'étranger et que je participe à sa traque. Garde du corps de Kadyrov avant de faire défection, Oumar était un témoin gênant : il l'a entendu donner l'ordre d'éliminer des gens ou de les torturer. Surtout, il a vu Kadyrov se charger lui-même de la besogne. Enfermé durant onze mois et quatre jours, j'ai été traité comme un morceau de viande. On m'a torturé et roué de coups. J'ai été longtemps enfermé dans une cave, à Gudermes [deuxième ville de Tchétchénie]. Je ne remontais à la surface que pour aller faire mes besoins. Dans ce trou à rats, il y avait du mouvement jour et nuit. Chaque matin, de nouvelles arrivées se succédaient. Lorsqu'une délégation menée par une ONG était annoncée, nous étions déménagés pour quelques jours dans une autre cave, un peu plus loin dans la ville. En revenant, nous pouvions constater que les lieux de notre détention avaient été récurés : il n'y avait plus de sang sur les murs et le sol. Les traces de torture avaient disparu. Les visiteurs n'auront jamais vu que des prisons bien ordonnées et à moitié vides. De ne pas dire où était mon fils. J'ai servi d'otage. Kadyrov pensait qu'Oumar reviendrait dans l'espoir que ma vie serait épargnée. Ça a marché avec d'autres. Ils n'avaient rien obtenu en onze mois et ils ne peuvent pas tuer tout le monde ! Par la suite, j'ai pu fuir grâce à des organisations de défense des droits de l'homme. Depuis près d'un an, je vis dans un endroit isolé, où il n'y a pas un seul Tchétchène. Je me sens en sécurité. Effectivement, ce sera une plainte de plus et je ne me fais aucune illusion : ça ne sert à rien. Je le fais pour soutenir les ONG qui m'ont aidé dans mon exil. Vladimir Poutine [le Premier ministre russe] et Ramzan Kadyrov ont tous les pouvoirs. Ils peuvent tuer sans être inquiétés. Mais je vais quand même poursuivre le combat. Je demande réparation pour les onze mois de détention et de torture. J'ai recueilli les témoignages de 15 personnes. Je pourrais en solliciter d'autres, mais je dois protéger ceux qui sont restés là-bas. En fait, si je croisais Kadyrov, je le buterais moi-mêmeà Je mourrai sans doute comme mon fils, avant que tout cela n'aboutisse. Je n'ai plus peur de personne et je n'ai plus rien à perdre. Oui. A de nombreuses reprises, Oumar est allé alerter la police, en expliquant que des émissaires de Kadyrov l'avaient menacé. Malgré une série d'événements qui confirmaient ses dires, il est mort. A présent, sa veuve et ses enfants se retrouvent sans rien. En février, j'ai donc déposé une plainte, dans l'espoir que la veuve d'Oumar et ses enfants obtiennent une pension. Si elle n'aboutit pas, j'aurai prouvé que les Européens ont renoncé à nous protéger. Parce qu'ils ont trop peur de Poutine. Kadyrov, c'est une marionnette de Poutine. S'en prendre à lui, c'est s'attaquer à Poutine. Cette interview a été conduite par visioconférence ; Ali Israïlov vit caché dans un lieu resté secret.PROPOS RECUEILLIS PAR B. G.