Il n'y aura jamais de Van Rompuy Ier. " C'est en mangeant sa parole que Herman Van Rompuy entame une surprenante carrière de Premier ministre. Mais qui oserait aujourd'hui lui faire grief de ce pieux mensonge ? " Quand on parvient à un certain niveau en politique, on n'est plus tout à fait maître de son sort ", confie le frangin, Eric, fier comme Artaban de la promotion de Herman. Ce n'est pas de gaieté de c£ur que le président de la Chambre a plié bagage au Parlement pour emménager, deux pas plus loin, dans les bureaux du Premier ministre. L'homme est plutôt à plaindre : il se retrouve à la tête d'une coalition toujours aussi bancale, pour poursuivre un programme qu'il n'a pas choisi et relever des défis plus périlleux que jamais. Plus empoisonné que ça, comme cadeauà Nécessité fait loi : la Belgique tangue, son économie chavire, ses institutions politiques courent au naufrage. Le pays a besoin de stabilité comme de pain. Un homme de la trempe de Van Rompuy peut lui apporter ce répit jusqu'en 2011 (une éternité en politique). Qui d'autre qu'un personnage sans lubies et sans audaces peut ramener au plus vite ne fût-ce qu'un semblant de discipline dans la conduite...

Il n'y aura jamais de Van Rompuy Ier. " C'est en mangeant sa parole que Herman Van Rompuy entame une surprenante carrière de Premier ministre. Mais qui oserait aujourd'hui lui faire grief de ce pieux mensonge ? " Quand on parvient à un certain niveau en politique, on n'est plus tout à fait maître de son sort ", confie le frangin, Eric, fier comme Artaban de la promotion de Herman. Ce n'est pas de gaieté de c£ur que le président de la Chambre a plié bagage au Parlement pour emménager, deux pas plus loin, dans les bureaux du Premier ministre. L'homme est plutôt à plaindre : il se retrouve à la tête d'une coalition toujours aussi bancale, pour poursuivre un programme qu'il n'a pas choisi et relever des défis plus périlleux que jamais. Plus empoisonné que ça, comme cadeauà Nécessité fait loi : la Belgique tangue, son économie chavire, ses institutions politiques courent au naufrage. Le pays a besoin de stabilité comme de pain. Un homme de la trempe de Van Rompuy peut lui apporter ce répit jusqu'en 2011 (une éternité en politique). Qui d'autre qu'un personnage sans lubies et sans audaces peut ramener au plus vite ne fût-ce qu'un semblant de discipline dans la conduite chaotique des affaires de l'Etat fédéral ? Herman Van Rompuy a le profil pour étouffer les passions, calmer les ardeurs belliqueuses, repousser le spectre des aventures communautaires et budgétaires. Il cultive, par-dessus tout, une vertu inestimable par les temps qui courent : l'horreur du chaos. Ce diable d'homme ne manque pas d'arguments pour remplir une mission aussi ingrate. Les ministres devront s'y faire. Le style Van Rompuy va les changer des tâtonnements exaspérants d'un Leterme et des improvisations brouillonnes d'un Verhofstadt. " Herman Van Rompuy travaille mathématiquement, avec énormément de sérieux. Il procède de manière rigoureuse, systématique ", témoigne l'ancien ministre Philippe Moureaux (PS), qui l'a côtoyé au sein du premier gouvernement Dehaene. Ce sens de l'organisation laisse peu de place à l'improvisation. Cela sent le retour à l'école Dehaene. " On retrouve chez Van Rompuy une grande part des qualités que l'on reconnaît à Dehaene. La créativité en moins ", reprend Moureaux. Van Rompuy n'a pas la brutalité d'un Dehaene pour diriger une équipe. Ce qui ne le rend pas moins coriace : " C'est un patron, tout le contraire du profil d'un notaire. Il peut être dur, mais extrêmement constructif ", poursuit Philippe Moureaux. " Il n'a pas la mentalité traditionnelle d'un animateur d'équipe, mais il en impose par son autorité morale et intellectuelle ", complète l'ancien Premier ministre Mark Eyskens (CD&V). Van Rompuy en a fait une pièce maîtresse de son action politique. Les effets de manche, ce n'est pas son genre. Les caméras, il s'en méfie. Homme de l'ombre, à l'aise dans le rôle de l'éminence grise, c'est à contrec£ur qu'il quitte les coulisses du pouvoir pour se projeter sur le devant de la scène. On l'imagine mal virer sa cuti à 61 ans. Ses ministres seront priés d'en tenir compte : les chamailleries étalées sur la place publique, ce sera terminé. C'est en famille que le linge sale du gouvernement se lavera. Comme au temps d'un certain Dehaene, décidément jamais loin de Van Rompuy. L'ancien ministre du Budget sous l'ère Dehaene, dominée par l'austérité (de 1993 à 1999), a fait de la réduction de la dette une obsession. Et de la rigueur dans la gestion des finances publiques, une priorité. A l'heure où la Belgique s'autorise un déficit budgétaire, on peut compter sur la prudence de Herman Van Rompuy pour veiller à ce que ce " trou " soit effectivement temporaire et limité. Mais il le fera avec suffisamment de réalisme pour ne pas mettre en péril le financement du plan de relance socio-économique. De quoi rassurer les libéraux flamands, allergiques à tout dérapage budgétaire, sans se mettre à dos les socialistes, soucieux d'amortir le choc social de la crise économique. Herman se tait, même s'il n'en pense pas moins que son frère Eric. Il n'affiche pas de manière radicale son adhésion à la cause flamande. " Mais, sur le fond, nous sommes d'accord ", assure Eric, député-échevin à Zaventem. Herman Van Rompuy vit aussi en première ligne le lourd contentieux de la périphérie bruxelloise. Il habite Rhode-Saint-Genèse, commune à facilités. Sa femme y est échevine. Le très contesté BHV est son arrondissement électoral. Cela n'en fait pas pour autant un exalté flamingant. Herman Van Rompuy fait partie de cette génération du CVP convertie au fédéralisme belge. Le cartel noué par son parti avec la N-VA n'a jamais été sa tasse de thé. Son profil le rend moins sulfureux que Leterme auprès des francophones. Ceux-ci se sentent en terrain plus connu. Et Van Rompuy n'est pas un néophyte : il a vécu tous les rounds communautaires depuis 1980. Herman Van Rompuy vient d'en acquérir, par la force des choses. Le CD&V sait qu'en l'envoyant au feu il brûle sa dernière cartouche de gros calibre immédiatement disponible. " S'il avait dit non au poste de Premier ministre, c'était la voie ouverte à Guy Verhofstadt. Quelle humiliation pour le parti ! " confie un ponte du CD&V. Voilà qui devrait inciter les chrétiens-démocrates flamands à ménager leur monture. Herman pourra aussi compter sur un fidèle allié parmi les plus remuants du parti : son frère Eric promet déjà de se modérer. Kris Peeters, ministre-président flamand, devrait aussi retrouver la sérénité : à l'inverse de Leterme, Herman Van Rompuy n'a pas pour ambition de lui voler la vedette. Etrange locataire du 16 rue de la Loi, au profil bien différent de ceux qui l'y ont précédé. Un second couteau, une modeste machine à voix endosse le costume de Premier ministre. Ce ne sont pas forcément des handicaps en ces temps troublés. " Herman Van Rompuy est un des mieux placés pour tirer parti d'un contexte aussi difficile ", estime Dave Sinardet, politologue à l'université d'Anvers. Pierre Havaux