Trente ans après son assassinat, John Lennon est le héros incontesté des tables de librairie: qu'ils soient estampillés " biographies vérité ", écrits inédits, romans ou entretiens ultimes, les ouvrages qui lui sont consacrés témoignent de ce que le mythe Lennon se poursuit aujourd'hui par un culte littéraire. Si l'ex-Beatles occupe les têtes de gondole, ça joue sérieusement des coudes pour occuper l'espace laissé derrière lui: tandis que Patti Smith é...

Trente ans après son assassinat, John Lennon est le héros incontesté des tables de librairie: qu'ils soient estampillés " biographies vérité ", écrits inédits, romans ou entretiens ultimes, les ouvrages qui lui sont consacrés témoignent de ce que le mythe Lennon se poursuit aujourd'hui par un culte littéraire. Si l'ex-Beatles occupe les têtes de gondole, ça joue sérieusement des coudes pour occuper l'espace laissé derrière lui: tandis que Patti Smith écrit ses mémoires du NY underground dans Just Kids (Denoël), Keith Richards fait écrire les siennes dans Life (Laffont), une brique de 527 pages pour autant de frasques. D'autres rockeurs septuagénaires, disparus ou moins bavards, se font tirer le portrait par des passionnés. Dans Sur la route de Janis Joplin (JBZ), la journaliste Jeanne-Marie Vacher suit 31 jours durant la piste de la " pearl " du rock à travers l'Amérique, de sa paire de lunettes légendaire aux échos de Woodstock. Sous-titrée Splendeur et décadence d'un génie du rock, la bio de Phil Spector par Mick Brown (Sonatine) traverse le mur du son après presque vingt-cinq ans de silence radio pour recueillir les confessions du producteur fou. Dans Paul McCartney, l'empreinte d'un géant (JBZ), François Plassat entend livrer " l'ouvrage le plus complet à ce jour " sur un musicien à la réputation assez conventionnelle, boudé depuis la fin des Beatles par des magazines en mal de sex, drugs and rock and roll. Au-delà des coïncidences, il semble que tous - musiciens et fans, auteurs et lecteurs - soient arrivés à la même heure du bilan: écrire avant de risquer d'oublier. Ou pire: d'être oublié. Et tenter de s'emparer de la nostalgie rock comme on reprend de l'air. C'est de cette façon que Plassat justifie son livre sur McCartney: " Comme des orphelins égarés, il est probable que nous cherchons de nouveau à lever l'ancre, à faire revivre le sentiment d'envoûtement que leurs chansons diffusaient et, enfin, à nous convaincre qu'il n'a pas été tout à fait vain d'y croire, que nous n'avons pas été dupés. " Manifestes de fans le plus souvent, il arrive qu'en épousant ces destins vibrants, en travaillant cette matière épique, les bios de rockeurs rencontrent la littérature. Il arrive alors qu'on se trouve en face d'un grand roman. Voyez Patti Smith. YSALINE PARISIS