1960 Une " grande grève " que la gauche s'est empressée d'oublier
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1960 Une " grande grève " que la gauche s'est empressée d'oublier Plus de 400 000 grévistes, le port d'Anvers paralysé, la gare de Liège saccagée, les magasins fermés, les trams à l'arrêt... Et ce paradoxe : le plus grand mouvement social du XXe siècle est peu célébré dans les milieux progressistes. Son cinquantième anniversaire n'a donné lieu à aucune commémoration d'envergure. Par crainte de raviver d'anciennes fractures ? En 1960-1961, toutes les composantes de la gauche n'ont pas soutenu la grève. De multiples désaccords éclatent alors entre la CSC et la FGTB, mais aussi au sein même du monde socialiste, entre les différentes centrales de la FGTB, entre le parti et le syndicat, entre Wallons et Flamands, ou encore entre partisans et adversaires du fédéralisme. " L'hiver 1960, ce n'est pas un souvenir qui unit, mais un souvenir qui divise ", épingle Hervé Hasquin, ancien recteur de l'Université libre de Bruxelles. Nouveaux impôts, relèvement de l'âge de la retraite, contrôle accru des chômeurs : la " loi unique " contre laquelle se battaient les grévistes revêt en outre un air d'actualité assez embarrassant. On comprend que le Parti socialiste, celui du Premier ministre Elio Di Rupo, chargé de ramener le pays vers l'équilibre budgétaire, ne se presse pas pour célébrer un mouvement anti-austérité, qui prit une tournure quasi insurrectionnelle. 1961 Lumumba assassiné, désinvolture et indifférence Jusqu'en 1960, le commun des Belges observe avec indifférence la marche du Congo vers l'autonomie, et se tracasse peu du sort des colons. " Les violences qui suivent la proclamation d'indépendance, le 30 juin, sont ressenties en Belgique comme un énorme coup de poing, mais en dehors de quelques milieux restreints, l'émotion retombe assez vite ", note Michel Dumoulin, professeur d'histoire à l'UCL. C'est dans ce contexte de relative apathie vis-à-vis de l'actualité congolaise qu'a lieu, en janvier 1961, l'assassinat de Patrice Lumumba, héros de l'indépendance devenu Premier ministre puis révoqué par le président Kasa-Vubu. " Comme dans toute histoire nationale, il y a dans la mémoire collective belge beaucoup de non-dits autour de la mort de Lumumba ", constate Michel Dumoulin. Autour du militant pacifiste Jean Van Lierde, quelques-uns tenteront de faire la lumière sur la disparition du leader congolais, mais ils seront longtemps marginalisés. " La ligne générale parmi les élites belges, c'est une grande désinvolture par rapport à ce tragique événement. "Le silence qui entoure la mort de Lumumba est accentué par le retour au pays de milliers de Belges du Congo. " Par le biais de leurs porte-parole, ceux-ci diffusent l'idée selon laquelle Lumumba était un agent du communisme international. De plus, son discours lors des cérémonies du 30 juin a été jugé provocateur. Cet épisode-là sera utilisé pour dénoncer un personnage dont, en fin de compte, il valait peut-être mieux se débarrasser. En tout cas, son assassinat a été perçu par de larges pans de la société comme un événement qu'il ne fallait pas trop regretter. "Il faudra attendre 2002 pour que l'Etat belge, via son Premier ministre Guy Verhof-stadt, reconnaissance son implication dans la mort de Patrice Lumumba et présente ses excuses au peuple congolais. 1968 La scission du parti social-chrétien, une erreur historique ? Quelle mouche a piqué Steven Vanackere ? Le 27 mars 2012, le vice-Premier ministre CD&V, d'ordinaire prudentissime, déclare que la plus grande erreur dans l'histoire de la Belgique a été la scission des partis sur une base linguistique. Vanackere sait de quoi il parle. C'est sa propre famille politique qui a ouvert la voie, en 1968 : dans la foulée de " l'affaire de Louvain ", le parti social-chrétien unitaire éclate, donnant naissance au PSC et au CVP. Les libéraux suivront en 1972, les socialistes en 1978. Plus de trois décennies plus tard, peut-on parler d'une monumentale faute politique ? " Si les partis unitaires ont sauté les uns après les autres, c'est parce qu'ils ne savaient déjà plus gérer la Belgique, relativise Hervé Hasquin. La scission en deux ailes linguistiques a peut-être été une erreur, elle a compliqué la gestion du pays, mais c'était déjà bordélique avant. " Un point de vue partagé par Michel Dumoulin. " Au sortir de la guerre, il existe un grand parti catholique, mais celui-ci est diantrement fissuré. La scission, en 1968, ne fait que prendre acte de deux réalités différentes, et même de deux visions devenues inconciliables. "