Fin décembre, nous nous retrouvons tous à nouveau autour de tables festives, à lever notre verre, déguster de bons petits plats, papoter et rigoler, en bonne compagnie... Comment se fait-il que manger ensemble demeure un rituel aussi important ? " Manger ensemble a un impact sur les liens familiaux et amicaux ", confirme Charlotte De Backer. Attachée au département des Sciences de la Communication de l'Université d'Anvers, elle enseigne et étudie la communication interpersonnelle. " Qu'il s'agisse du repas familial quotidien ou d'un repas de fête, manger ensemble est un moyen idéal d'entretenir et renforcer les relations sociales. "
...

Fin décembre, nous nous retrouvons tous à nouveau autour de tables festives, à lever notre verre, déguster de bons petits plats, papoter et rigoler, en bonne compagnie... Comment se fait-il que manger ensemble demeure un rituel aussi important ? " Manger ensemble a un impact sur les liens familiaux et amicaux ", confirme Charlotte De Backer. Attachée au département des Sciences de la Communication de l'Université d'Anvers, elle enseigne et étudie la communication interpersonnelle. " Qu'il s'agisse du repas familial quotidien ou d'un repas de fête, manger ensemble est un moyen idéal d'entretenir et renforcer les relations sociales. " Noël, Nouvel An, Souccot (fête juive), Aïd el-Fitr (fête musulmane) : dans toutes les cultures, les gens partagent un repas lorsqu'il y a quelque chose à fêter. Il en a toujours été ainsi, depuis des siècles. " On pense même que la coopération, c'est-à-dire la collaboration entre personnes, trouve son origine évolutionnaire chez nos lointains aïeux, poursuit Charlotte De Backer. D'abord, ils ont vécu de plantes, de fruits, de graines et de noix, ce qui n'impliquait pas d'interaction. Mais lors de l'introduction de la viande dans notre mode alimentaire, tout a changé. Pour tuer un gros animal, il a fallu collaborer et se concerter, notamment au sujet du partage de la viande : qui allait recevoir quel morceau ? "Elle fait à ce propos une distinction entre manger ensemble et partager un repas : " Comparons un repas au restaurant avec un repas à la maison. Au restaurant, nous commandons chacun notre plat et normalement, nous n'allons pas picorer dans les assiettes des autres. Mais à la maison, on partage le même repas, ce qui crée une dynamique qui permet la transmission et l'apprentissage de principes de justice et d'équité de manière non contraignante. Pensons à un plat de boulettes à la sauce tomate, à l'occasion duquel un enfant surveillera attentivement si son frère ou sa soeur n'en reçoit pas une de plus que lui ! Réaction qu'il aura même s'il s'agit d'aliments dont il ne raffole pas. Partager la nourriture fait réfléchir les enfants. " Raison pour laquelle Charlotte De Backer n'est pas partisane des cupcakes. " Je comprends que les instits trouvent pratique que chaque enfant reçoive son petit cake d'anniversaire... Mais mettre un grand gâteau au milieu d'une table offre une belle occasion d'apprentissage. Spontanément, les enfants vont penser : 'Moi d'abord, et de préférence le plus gros morceau'. Pour apprendre ensuite qu'il faut parfois attendre son tour et se contenter peut-être d'une plus petite tranche de cake. " Des recherches scientifiques confirment aussi que manger ensemble, et surtout partager un repas, a un impact important sur les relations : " Nos études montrent que les jeunes adultes font preuve de plus d'altruisme lorsqu'ils ont grandi dans une famille où le partage des aliments était la norme. Ils obtenaient un score plus élevé à des questions telles que : 'Aidez-vous parfois vos amis dans leurs études ? ' ou 'Vous engagez-vous parfois pour une bonne cause ? ' " Une autre expérience a montré que partager un repas, même avec des inconnus, a un effet positif sur le degré de confiance mutuelle. " Nous avons réuni des duos de personnes qui ne se connaissaient pas et les avons laissé discuter ensemble une demi-heure. Dans la moitié des cas, chaque personne était attablée devant une assiette de tapas, tandis que dans l'autre groupe, les deux personnes devaient se partager la même assiette de tapas... que nous avions garnie d'un nombre impair de bouchées ! Trois morceaux de viande, trois cubes de fromage, trois olives, etc. Elles étaient bien obligées de se concerter. Et l'on a constaté que les couples qui avaient dû partager leur assiette de tapas s'accordaient davantage de confiance mutuelle. " Des études internationales arrivent à la même conclusion : installez des gens autour d'une table et ils auront tendance à se montrer plus ouverts, plus confiants l'un vis-à-vis de l'autre. La sociologue américaine Alice P. Julier(*) a observé et interviewé des dizaines de participant(e)s à des fêtes et des repas. Sa conclusion : prendre un repas ensemble peut modifier le regard porté sur l'autre. Les différences culturelles, raciales et socio-économiques passent à l'arrière-plan, au profit d'un sentiment de reconnaissance et d'égalité. C'est pour cette raison que des initiatives comme des fêtes de quartier ou des repas entre voisins créent des liens : lorsque des voisins apprennent à mieux se connaître, la cohésion sociale s'en trouve accrue. Il en va de même des fêtes et réceptions de fin d'année organisées par les associations et les entreprises : elles favorisent la solidarité et renforcent le sentiment d'appartenance. Et lorsque des collègues partagent un repas, non seulement ils soudent l'équipe, mais ils se montrent aussi plus efficaces et plus productifs. Dans une étude récente, l'anthropologue Robin Dunbar (Oxford University) a demandé à quelque 8000 Britanniques ce qui les rendait heureux ou malheureux. Il a observé avec étonnement que les gens qui mangent généralement seuls se sentent plus malheureux que ceux qui partagent leurs repas. Sur l'échelle du bonheur, ils obtenaient un score inférieur de 8 points en moyenne. Dunbar pense que " dans nos vies agitées, manger ensemble représente une pause, un moment de lien émotionnel. Grâce aux interactions sociales positives, nous produisons plus d'endorphines. Manger nourrit notre corps, manger ensemble nourrit notre âme. " Dans la plupart des maisons, le repas du soir est un moment de retrouvailles familiales. On parle, on se dispute, on rit et on pleure. On échange des nouvelles, on fait des projets et on se raconte. On est attentif les uns aux autres. L'interaction sociale n'est nulle part aussi forte qu'à table. " Nous constatons aussi que c'est l'endroit idéal pour évoquer des sujets sensibles ou difficiles, confirme Charlotte De Backer. Peut-être parce que le repas offre l'occasion de l'une ou l'autre manoeuvre de diversion : si l'ambiance devient trop tendue, on passe comme si de rien n'était à une remarque sur la qualité de la viande ou la fraîcheur des légumes. Mais surtout parce que le repas familial crée le bon contexte pour des sentiments d'ouverture, de confiance et de communication. " Inviter des gens à manger chez soi, c'est dans toutes les cultures un signe d'hospitalité. C'est une manière d'exprimer que l'amitié ou les liens familiaux sont précieux, ou que l'on souhaite mieux connaitre une personne. Quand vous vous attablez chez quelqu'un, vous savez que cette personne s'est donné de la peine et que vous êtes bienvenu. " Lorsque vous invitez quelqu'un à manger, vous réfléchissez à ce que vous allez préparer, vous faites des courses, vous cuisinez, vous dressez une belle table... Vous transmettez le message : 'tu es important pour moi'. Ce que vous servez ne doit pas être raffiné ou compliqué. Un plat fait maison plaira à vos hôtes autant qu'un repas sophistiqué du traiteur. " Bon à retenir avant de s'attabler à Noël ou au Nouvel An avec des personnes qui nous sont chères !