Les Flamands et les Néerlandais qui savent écrire sans fautes ne courent pas les rues. Une certaine nonchalance n'y est pas pour rien, sans doute. Mais ce sont surtout les règles orthographiques qui sont en cause. Celles-ci commandent, par exemple, tantôt un c, tantôt un k. Aujourd'hui, il faut écrire " academie ", mais je me souviens très bien du temps où la bonne orthographe était " akademie ". Sur Google, les deux orthographes sont à égalité. A mon grand étonnement, la Koninklijke Nederlandse Akad...

Les Flamands et les Néerlandais qui savent écrire sans fautes ne courent pas les rues. Une certaine nonchalance n'y est pas pour rien, sans doute. Mais ce sont surtout les règles orthographiques qui sont en cause. Celles-ci commandent, par exemple, tantôt un c, tantôt un k. Aujourd'hui, il faut écrire " academie ", mais je me souviens très bien du temps où la bonne orthographe était " akademie ". Sur Google, les deux orthographes sont à égalité. A mon grand étonnement, la Koninklijke Nederlandse Akademie van Wetenschappen (Pays-Bas) n'a toujours pas abjuré ce " k ". L'orthographe de " elektriciteit ", par contre, a suivi le mouvement inverse, mais l'ancienne, avec c, reste vivante dans nombre de textes. La confusion n'en est que plus grande. Les grands pontifes de l'orthographe sont certes animés des meilleures intentions à l'égard des usagers de la langue. Ils visent l'uniformité et la logique, avec, à la clé, la simplification. La dernière grande réforme date déjà de 1995, mais certaines règles ne sont toujours pas intégrées. Ainsi le " n intercalaire " dans les mots composés rencontre-t-il une vive résistance. Naguère, on écrivait " hartepijn " (c£ur blessé), car, selon la règle alors en vigueur, on n'a tous qu'un seul c£ur susceptible d'éprouver ce sentiment douloureux. Aujourd'hui, le pluriel de " hart " s'impose (" hartenpijn "), avec " n ". Avant 1995, les gens mangeaient des " pannekoeken " (crêpes), mais, désormais, celles-ci sont censées être produites dans plusieurs " pannen " (poêles). De là, l'orthographe " pannenkoek ". En soi, la règle est claire. Il n'empêche que, quatorze années plus tard, elle provoque toujours bien des grincements de dents. Ou elle est ignorée, ou même carrément transgressée. Google enregistre d'ailleurs beaucoup plus de " pannekoeken " que de " pannenkoeken ". Indiscutablement, il y a un problème avec ce " n ". En plus, celui-ci n'est pas joli. Appelés à donner leur avis par référendum, les électeurs le jetteraient sûrement dans les oubliettes de l'Histoire. Aussi la Communauté française aurait-elle peut-être intérêt à y réfléchir à deux fois avant d'imposer la nouvelle orthographe française dans les écoles. Don't scratch where it doesn't itch (Ne vous grattez pas où cela ne vous démange pas). Ne changez pas pour le plaisir de changer. Voilà un conseil qui devrait la guider. Surtout si elle veut éviter la confusion, la grogne et la rébellion. KRISTIEN HEMMERECHTS Ecrivaine flamandeLa Communauté française ferait mieux d'éviter la confusion, la grogne et la rébellion