C'était le 7 novembre 1968, il y a tout juste quarante-cinq ans. Ce jour-là, une Allemande de 29 ans, Beate Klarsfeld, née Künzel, gifle publiquement Kurt-Georg Kiesinger, le chancelier de la République fédérale. La jeune femme est outrée que l'Allemagne ait porté à sa tête un ancien membre du parti nazi et directeur adjoint de la propagande radiophonique du IIIe Reich à destination de l'étranger. Outrée, aussi, que son pays tarde tant à traduire les responsables de la Solution finale devant la justice.
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C'était le 7 novembre 1968, il y a tout juste quarante-cinq ans. Ce jour-là, une Allemande de 29 ans, Beate Klarsfeld, née Künzel, gifle publiquement Kurt-Georg Kiesinger, le chancelier de la République fédérale. La jeune femme est outrée que l'Allemagne ait porté à sa tête un ancien membre du parti nazi et directeur adjoint de la propagande radiophonique du IIIe Reich à destination de l'étranger. Outrée, aussi, que son pays tarde tant à traduire les responsables de la Solution finale devant la justice. Beate et Serge Klarsfeld en ont fait le combat de leur vie. Avec quelques autres, comme Simon Wiesenthal et Efraïm Zuroff, ils se sont démenés pour démasquer et poursuivre les bourreaux d'hier. Un livre, La Traque des criminels nazis, présenté par Serge Klarsfeld et publié par les éditions Tallandier et L'Express, retrace ces décennies de luttes, riches en succès, déceptions et coups d'éclat. Mais l'ultime chapitre de cette histoire n'est pas clos. Près de soixante-dix ans après la guerre, chaque mois apporte son lot de révélations et de polémiques. Voilà quelques jours, le quotidien Bild affirmait que le chef de la Gestapo, Heinrich Müller, avait été enterré en 1945, à Berlin, dans la fosse commune d'un cimetière... juif. Le mois dernier, la mort en Italie du capitaine SS Erich Priebke, condamné en 1998 pour l'exécution de 335 civils transalpins, a tourné au casse-tête : où inhumer sa dépouille, dont personne ne veut ? La justice n'est pas en reste. Le 18 octobre, des juges militaires de Rome ont condamné à perpétuité, par contumace, l'ancien sous-officier allemand Alfred Storck, pour sa participation au massacre de 117 officiers italiens sur l'île grecque de Céphalonie en 1943. En Allemagne, l'ex-soldat SS Siert Bruins est actuellement jugé pour le meurtre d'un résistant néerlandais. D'autres procès se dessinent outre-Rhin : celui de l'ancien gardien d'Auschwitz Hans Lipschis, arrêté en mai dernier, et de 30 autres sentinelles de ce camp ; celui de six survivants d'une unité de la division SS Das Reich, responsable de l'assassinat de 642 habitants d'Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), en juin 1944. Faut-il juger ces hommes et ces femmes, ces sans-grade du Reich, alors que tant de grands criminels et de hauts dignitaires du régime hitlérien sont morts impunis ? Au fond, l'Allemagne tient, tardivement, la promesse faite à Moscou, en octobre 1943, par les trois puissances alliées : " [Poursuivre] les criminels de guerre jusqu'aux confins de la terre pour les remettre à leurs accusateurs afin que justice soit faite. " Anne Vidalie