Abdelkader Belliraj est-il bien le chef du réseau aux mille facettes décrit, en février, par le ministre marocain de l'Intérieur ? Des actions judiciaires en cours doivent répondre à cette question. Le dernier rapport du Comité permanent de contrôle des services de renseignement (comité R), que Le Vif/L'Express a parcouru, s'est penché sur le cas du Belgo-Marocain. Il cite notamment cette opinion - sceptique - de l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (Ocam) : " La presse marocaine parle d'un réseau dormant depuis seize ans. Dès lors, nous pouvons nous demander pourquoi un tel réseau, en possession d'armes depuis des années et ayant des objectifs précis, se contentait de rester un rés...

Abdelkader Belliraj est-il bien le chef du réseau aux mille facettes décrit, en février, par le ministre marocain de l'Intérieur ? Des actions judiciaires en cours doivent répondre à cette question. Le dernier rapport du Comité permanent de contrôle des services de renseignement (comité R), que Le Vif/L'Express a parcouru, s'est penché sur le cas du Belgo-Marocain. Il cite notamment cette opinion - sceptique - de l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (Ocam) : " La presse marocaine parle d'un réseau dormant depuis seize ans. Dès lors, nous pouvons nous demander pourquoi un tel réseau, en possession d'armes depuis des années et ayant des objectifs précis, se contentait de rester un réseau dormant. La question se pose aussi de savoir pourquoi un mouvement présenté comme d'obédience chiite aurait entretenu des contacts avec Al-Qaeda, totalement antichiite. "D'après le comité R, " A. B " était connu comme un vieux sou à la Sûreté de l'Etat. Objet de filatures en 1986, 1988, 1990, 1993 et 1999, Belliraj est décrit comme " opposant au roi du Maroc, proche d'une mouvance chiite extrémiste et pro-iranienne ". Jusqu'en 1997, des soupçons récurrents de trafic d'armes et de faux papiers pesaient sur lui. Mais, sur le plan judiciaire, son nom apparaît seulement pour un vol qualifié et des coups et blessures commis en 1992. Pourtant, le flux des documents mentionnant son nom, que la S.E. a communiqués au Comité R (et dont une version classifiée a été remise aux ministres de la Justice et de l'Intérieur), ne s'est interrompu qu'en mars 2008. On en conclut que de gibier, Belliraj s'était mué en chasseur ou, plus exactement, en auxiliaire des chasseurs. Mais le comité R se garde bien de l'affirmer... Un épisode croquignolet est intervenu en 2000, à l'époque du basculement supposé de Belliraj du côté des " forces du Bien ". En 1989, l'activiste avait vu sa demande de naturalisation rejetée par la Chambre. Il l'a donc réitérée en recourant à la procédure de déclaration de nationalité, qui requiert un séjour légal d'au moins sept ans en Belgique. Cette seconde demande a abouti le 30 juin 2000, grâce au parquet de Gand, dans le ressort duquel l'ancien agitateur a élu domicile. Comme il est de règle, le parquet avait sollicité l'avis de la Sûreté de l'Etat. Le hic, c'est qu'à sept jours d'intervalle, le service secret a rendu deux avis différents. Et que le second levait les objections du premier. Cafouillage ? Les ordinateurs de la Sûreté, sondés par les enquêteurs du comité R, ont recraché les avis du 7 et du 13 juin 2000 destinés au procureur du roi de Gand. Le premier, signé par un adjoint d'un chef de service, à Bruxelles, signale qu'A. B est bien connu pour " ses activités au sein des mouvements islamistes radicaux algérien et marocain ". Le second avis, du 13 juin, est signé par le chef de service. Celui-ci rappelle les antécédents pro-iraniens de Belliraj dans les années 1980, mais indique que " depuis lors, il n'a plus attiré notre attention dans ce contexte ni pour n'importe quelle autre activité politique ". Autre anomalie : le premier avis ne figure pas (ou plus) dans le dossier du parquet de Gand, lequel a été consulté par un agent de la Sûreté de l'Etat, quelques jours avant le passage des enquêteurs du comité R. N'a-t-il pas été envoyé ou l'a-t-" on " fait disparaître ? Les interprétations de ce pas de clerc divergent au sein du comité R. Dès lors, celui-ci " se garde de tirer la moindre conclusion avant d'avoir poursuivi ses investigations ". Marie-Cécile Royen