En tant que Namurois d'adoption, j'ai lu avec attention plusieurs articles de votre dossier consacré à la capitale wallonne. Certains éléments historiques de l'article introductif m'ont cependant fort surpris. Même s'il s'agit de détails, je ne puis m'empêcher de réagir face à quelques contrevérités historiques. Dire que Namur ne s'impose comme place commerciale qu'au xve siècle en raison de la présence de la garnison est réducteur à plus d'un titre. Les fouilles récentes au Grognon ont montré qu'un port est établi à Namur à la période carol...

En tant que Namurois d'adoption, j'ai lu avec attention plusieurs articles de votre dossier consacré à la capitale wallonne. Certains éléments historiques de l'article introductif m'ont cependant fort surpris. Même s'il s'agit de détails, je ne puis m'empêcher de réagir face à quelques contrevérités historiques. Dire que Namur ne s'impose comme place commerciale qu'au xve siècle en raison de la présence de la garnison est réducteur à plus d'un titre. Les fouilles récentes au Grognon ont montré qu'un port est établi à Namur à la période carolingienne. Les comtes de Namur choisissent le site comme capitale dans le courant du xe siècle et le marché de la ville est mentionné au plus tard en 1200. En outre, la pierre locale est exportée au moins à partir du xiie siècle. Même modeste, Namur est donc bien une place commerciale régionale bien avant le xve siècle. En outre, elle ne devient vraiment une ville de garnison qu'au xvie siècle, sous la domination des Habsbourg. Dans un autre passage, l'on évoque les témoins religieux qui jalonnent la ville. Sont notamment cités, comme exemples, les bâtiments de l'hospice Saint-Gilles et de l'hospice Saint-Jacques. C'est curieux. En effet, l'hôpital de Namur, appelé plus tard, Grand Hôpital et, finalement, au xviiie siècle, hôpital Saint-Gilles, est à l'origine une fondation bourgeoise confiée à une direction laïque très vite contrôlée par les autorités urbaines. Bien sûr, la religion n'est pas absente de l'établissement. En témoigne la présence de deux chapelles superposées dédiées respectivement à saint Nicolas et à saint Gilles. Cependant, aucune communauté religieuse n'a été chargée de la gestion de l'hôpital sous l'Ancien Régime. Après 1795, il sera confié aux institutions publiques de bienfaisance créées par les autorités françaises, à savoir les hospices civils de Namur. L'hospice Saint-Jacques, quant à lui, fut fondé en 1406 par une confrérie laïque de Saint-Jacques composée principalement du comte de Namur, Guillaume II, de son épouse, Jeanne d'Harcourt, et de son frère, Jean, futur comte de Namur. Pendant très longtemps, il fut géré par du personnel laïque, bientôt contrôlé par les autorités urbaines. Ce n'est qu'en 1755 que l'établissement fut vendu à une communauté religieuse, les Confrères de Saint-Jean Décollé ou de la Miséricorde qui firent construire dans la foulée l'église actuelle, en même temps qu'un nouvel hôpital. Il ne faut donc pas prendre à témoin les bâtiments laissés par cette institution pour justifier l'emprise importante des communautés religieuses dans la ville dès les xvie-xviie siècles. Ces quelques précisions n'enlèvent évidemment rien à la qualité générale de votre dossier. Emmanuel Bodart, docteur en histoire,Archives de l'Etat à Namur