Jean-Pol Hiernaux est directeur de la Documentation et des Archives de la Région wallonne. Collaborateur à l'Encyclopédie du Mouvement wallon, il a aussi longuement étudié l'histoire de Namur en tant que capitale régionale. D'éventuels changements institutionnels ne lui font pas peur : il a toute confiance en Namur.
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Jean-Pol Hiernaux est directeur de la Documentation et des Archives de la Région wallonne. Collaborateur à l'Encyclopédie du Mouvement wallon, il a aussi longuement étudié l'histoire de Namur en tant que capitale régionale. D'éventuels changements institutionnels ne lui font pas peur : il a toute confiance en Namur. Jean-Paul Hiernaux : Le fait régional pourrait s'accentuer sans que cela change fondamentalement la situation de Namur. Quelques mètres carrés de bureaux supplémentaires seraient nécessaires, mais les travaux n'auraient rien de comparable au grand chamboulement de 1970, lors de la création des Communautés culturelles. A l'époque, l'installation du Conseil culturel, notamment sur le plan urbanistique, s'était effectuée sans prendre en compte les inquiétudes ni les interrogations de la population. Aujourd'hui, ce serait très différent : tout le maillage administratif régional étant déjà opérationnel, l'octroi de nouvelles compétences aux Régions n'aurait pas le caractère inédit des changements intervenus il y a trente-huit ans. Non. La nécessité d'une capitale wallonne est toujours allée de pair avec le refus d'une centralisation au profit d'une seule ville. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, une double idée s'affirme au sein du Mouvement wallon. D'abord, la capitale de la Wallonie doit se trouver en Wallonie, et non pas à Bruxelles. Ensuite, l'administration doit être décongestionnée, et ses structures, réparties de Verviers à Tournai. En clair, dans les circonstances actuelles, les nouvelles compétences éventuellement attribuées à la Région wallonne pourraient être redistribuées un peu partout. Si la Communauté française venait à quitter Bruxelles, par exemple, Mons pourrait très bien, selon moi, héberger les institutions culturelles et devenir capitale culturelle de la Wallonie. Mais tout cela dépend de la façon dont évolueraient les relations entre Bruxelles et la Région wallonne. Certains ont vu dans le choix de Namur, au détriment de Bruxelles, l'expression d'un repli wallon. En 1985, le PRL a voulu regrouper la Communauté française et la Région wallonne dans une seule ville, Bruxelles. Ce fut le point de départ d'une âpre bataille politique, de mars à novembre 1986. Sous l'impulsion de Bernard Anselme, alors conseiller régional PS, on vota finalement le décret instituant Namur comme capitale de la Région wallonne. Cette histoire reflète bien les vieilles querelles de point de vue quant à l'épicentre de la Wallonie. Certains veulent la décentralisation et l'autonomie. D'autres trouvent dangereux d'abandonner Bruxelles aux Flamands et jugent Namur trop petite, trop " provinciale ", méconnue par rapport à Bruxelles. Toujours est-il que, en 1986, 57,2 % des Wallons se sont prononcés en faveur de Namur comme capitale. Très peu ! Et pourtant, Namur n'est pas un compromis boiteux pour trancher une querelle entre Liégeois et Carolos. Le Mouvement wallon propose d'en faire son lieu de rassemblement dès 1912 ! Au fil du temps, de plus en plus d'événements s'y tiennent en raison de sa position géographique centrale. Officiellement, c'est en 1986 que Namur devient la capitale de la Région wallonne. En réalité, le décret sanctionné cette année-là officialisait le rôle institutionnel croissant que la ville jouait depuis une quinzaine d'années déjà. Entretien : O. Sta