Il aurait pu donner la priorité à un dossier urbanistique, économique ou sécuritaire. Pour son premier grand chantier, Maxime Prévot a préféré s'attaquer à la culture. Une mission entamée dès sa nomination comme bourgmestre en mars 2012, alors que cette compétence ne faisait pas encore partie de ses attributions. Qu'à cela ne tienne : depuis sa réélection en octobre dernier, il a officiellement rajouté cette corde à son arc.
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Il aurait pu donner la priorité à un dossier urbanistique, économique ou sécuritaire. Pour son premier grand chantier, Maxime Prévot a préféré s'attaquer à la culture. Une mission entamée dès sa nomination comme bourgmestre en mars 2012, alors que cette compétence ne faisait pas encore partie de ses attributions. Qu'à cela ne tienne : depuis sa réélection en octobre dernier, il a officiellement rajouté cette corde à son arc. Car il en est convaincu : " Les villes qui comptent sur la carte européenne sont celles qui misent sur l'audace et la créativité. " Le dynamisme culturel est donc supposé rendre à Namur un réel statut de capitale wallonne attractive aux yeux de ses habitants mais aussi de ses touristes, elle qui jusqu'à présent en est souvent réduite au statut de ville morte. Nom de code du plan de bataille du maïeur : Namur Confluent Culture. Aussi appelé " livre blanc ", ce document de plus de 170 pages est censé être une base de travail pour les 10 prochaines années. " Nous avons commencé par organiser des tables rondes réunissant différents acteurs afin de déterminer quels étaient les manques, les axes à développer, etc., détaille Mélanie De Groote, attachée de cabinet du bourgmestre. Nous avons ensuite rédigé ce texte, que nous avons transmis à 600 adresses du secteur afin de solliciter leur avis. " Le 4 mai, la copie fut officiellement présentée dans un amphithéâtre de l'Université de Namur. Deux cents personnes avaient fait le déplacement. La phase de consultation est désormais terminée et une version revue et corrigée de la première mouture (" 376 annotations ! ") est disponible. Au total, 132 artistes, associations, citoyens, représentants politiques se sont exprimés. Sur quoi, finalement ? Le livre blanc dresse surtout un état des lieux du secteur. Mais il mentionne aussi de futurs projets. Création d'une galerie d'art contemporain " en mesure d'accueillir des artistes de renommée internationale et des collections prestigieuses ", rénovation du Grand Manège et du Cinex, mise en place d'un Quai des arts ou espace d'exposition en plein air sur les bords de Sambre et de Meuse... La volonté la plus marquante est celle d'une salle de spectacle de 3 000 places (minimum), qui fait partie des 5 projets structurants emmenés par Maxime Prévot (avec l'aménagement du Grognon, le retour du téléphérique, la construction d'une salle de congrès et la rénovation du Grand Manège). " Namur est une ville de 110 000 habitants, la troisième de Wallonie. Pourquoi devrions-nous nous rendre à Liège, Charleroi ou Bruxelles pour assister à un concert ? Pourquoi les grandes tournées internationales ne pourraient-elles pas passer par ici ? " lance-t-il. Le Bureau économique de la Province (BEP) a d'ores et déjà accepté de réserver 3 hectares au sein de son zoning Ecolys, à Rhisnes. " Un lieu qui renferme toutes les qualités requises pour développer ce type d'activité, mentionne le document. Bordure de nationale, proximité d'autoroutes, hors centre-ville et habitations, parking en conséquence... " Une proposition qui fait grincer les dents du PS. " Liège, Charleroi, Anvers et demain Bruxelles avec le Palais 12 disposent de vraies grandes salles. N'est-ce pas suffisant ? Live Nation, le plus grand programmateur de concerts en Belgique, rêve-t-il de programmer Lady Gaga, Beyoncé, MUSE ou les Rolling Stones à Namur... pardon, à Rhisnes ? ! Ne tombons pas dans le sous-localisme ! " En juillet dernier, la cheffe de file de l'opposition et ministre wallonne Eliane Tillieux n'y était pas allée par quatre chemins pour dénoncer la démarche entreprise par Maxime Prévot, qualifié de " bourgmestre de la culture dictateur ". Elle persiste et signe, en des termes toutefois moins durs. " Nous continuons à penser que la méthode n'est pas la bonne. Au-delà de cet inventaire des acteurs culturels namurois, il y avait lieu d'entamer un inventaire critique. Il ne suffit pas de lister "qui fait quoi", il s'agit aussi et surtout de se questionner sur le "comment". Il faut une analyse fine, basée sur les forces, faiblesses, contraintes et opportunités du secteur et la détermination d'objectifs généraux opérationnels précis. " Sur le terrain culturel, l'initiative du bourgmestre semble perçue positivement. " Les Namurois ont l'impression qu'il ne se passe jamais rien chez eux. Or des tas d'événements sont organisés ! Mais ils sont mal relayés, ils manquent de visibilité, déplore Sébastien Hébrant, l'un des responsables du théâtre Jardin-Passion. Pour la première fois, on sent qu'il y a une volonté que ça change. " " Le secteur était jusqu'à présent confronté à un manque de cohésion, de partage, ajoute Nicolas Tirtiaux, organisateur du festival Namur en mai. Il n'était pas toujours facile de créer des liens entre acteurs. Cette initiative a insufflé une envie de dialogue, de faire des choses ensemble. " Grâce aux rencontres initiées par le livre blanc, une discussion se serait donc enclenchée. " Tout d'un coup, certaines barrières sont tombées. Nous avons par exemple commencé à travailler avec la Citadelle, nous avons eu des contacts avec des étudiants, nous avons approché les organisateurs du FIFF (Festival International du Film Francophone) pour leur proposer une collaboration, ce que nous n'aurions jamais osé auparavant ", se réjouit Sébastien Hébrant. Créer cette émulation, le bourgmestre et son cabinet n'en espéraient pas moins. " Notre pierre angulaire, c'est de parvenir à rassembler les gens, à mettre en place un réseau ", affirme Mélanie De Groote. Les acteurs culturels s'en contenteront-ils ? " Ce livre blanc, c'est surtout une base de travail. Mais à terme, si l'on veut réellement que Namur devienne une ville de culture, il faut un projet d'envergure, peut-être même international. Il faut viser haut ", plaide Nicolas Tirtiaux. Une suite qui ne serait pas pour déplaire au maïeur, lui qui ne cache pas son admiration pour une initiative comme Liège 2017 ou Lille 3000. " Pour le moment, nous travaillons chantier par chantier. Lorsque nous serons forts d'un réseau créatif qui se connaît bien, nous pourrons nous poser la question d'un projet fédérateur intéressant ", résume Mélanie De Groote. En attendant, le premier signe concret du renouveau culturel namurois sera sans doute l'inauguration prochaine des abattoirs de Bomel (lire ci-dessus). Un bon début. Pour le reste, il faudra passer du livre blanc aux actes... Par Mélanie Geelkens