DE NOTRE CORRESPONDANT
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DE NOTRE CORRESPONDANT L'explosif utilisé était du TNT. Et l'auteur présumé de l'attaque terroriste est mort, déchiqueté par l'explosion. Deux semaines après l'attentat du 18 juillet, qui a coûté la vie à cinq touristes israéliens et à leur chauffeur bulgare à Bourgas, un port de la mer Noire, ce sont à peu près les seules certitudes de l'enquête. Dès les premières heures, les policiers locaux ont été rejoints par les meilleurs experts en matière de lutte antiterroriste - le Mossad en premier lieu, mais aussi la CIA, le FBI et Interpol. Mais ils peinent à apporter ne serait-ce qu'un début de réponse aux interrogations suscitées par cet acte sans précédent en Bulgarie. A commencer par l'identité de son auteur. La police ayant choisi de ne communiquer qu'a minima, les spéculations se sont multipliées dans la presse locale. Le " kamikaze " serait venu d'un pays européen ; il parlerait tour à tour anglais - avec un accent arabe -, russe ou français. Il aurait fait escale à Varna, sur la côte, avec une jeune femme, avant de tenter de louer une voiture. " Les policiers se contentent de tester des pistes en lançant des rumeurs dans les médias. En fait, ils pédalent dans le vide ", décrypte un ancien haut gradé bulgare. Il y a aussi ces images de la vidéosurveillance de l'aéroport, révélées par la police au lendemain de l'attentat. On y voit un jeune homme aux allures de routard faire les cent pas dans le hall d'arrivée. Habillé de pied en cap avec des vêtements de sport de marque, il porte un sac à dos et une sacoche. Mais ses traits sont dissimulés par une perruque, une casquette et de larges lunettes de soleil. Depuis, l'enquête - du moins officiellement - n'a pas avancé d'un pouce. A Bourgas, Kosio Iankov, le médecin légiste qui a effectué l'autopsie, ne décolère pas. Selon lui, d'" excellents " clichés post mortem de cet homme existent et peuvent accélérer son identification. Le Vif/L'Express a pu se les procurer et en publie un en exclusivité, montrant un jeune homme aux yeux bleus, de type eurasien. Mais la police rechigne à les rendre publics. " Pourquoi ? s'interroge le docteur. Parce qu'elles ne collent pas avec la version officielle ? "Cette affaire arrive au plus mal pour la Bulgarie qui tente depuis deux ans de convaincre ses partenaires européens que ses frontières sont assez sûres pour que le pays soit accepté dans l'espace Schengen de libre circulation des personnes. Depuis le début, les autorités restent accrochées à la thèse de l'attentat-suicide. " C'est le scénario le plus commode pour le gouvernement qui clame que personne ne peut arrêter une bombe humaine. Mais je doute de son bien-fondé ", témoigne Atanas Atanasov, ex-patron du contre-espionnage bulgare. Il n'est pas le seul. Pour le médecin légiste, le suspect n'a " ni le profil ni le comportement d'un fanatique islamiste ". Le témoignage d'une touriste, dont le compagnon est mort dans l'attentat, suggère un autre scénario - celui d'une " mule " que ses complices auraient sacrifiée. " Ce ne sera ni la première ni la dernière fois que le porteur des explosifs se fait avoir par les organisateurs de l'attentat ", rappelle un policier européen spécialisé dans la lutte antiterroriste. Pour Israël, nul doute sur l'instigateur de cet acte : l'Iran, avec le Hezbollah à la man£uvre. Les autorités bulgares sont beaucoup plus prudentes. Le ministre des Affaires étrangères, Nikolaï Mladenov, a même mis en garde contre toute " conclusion hâtive ". Pour certains, en Bulgarie, ce dernier porte néanmoins une part de responsabilité dans ce qui s'est passé. " En accueillant à plusieurs reprises l'opposition syrienne à Sofia, il a choisi son camp ", a estimé l'ex-Premier ministre Ivan Kostov. Ce jeune diplomate n'a jamais caché son ambition de jouer un rôle dans la chute du régime d'Assad. Alexandre Lévy