Sauf spectaculaire (et improbable) retournement, le MR ne gouvernera donc ni en Wallonie ni à Bruxelles. Une pilule amère à avaler pour le Mouvement réformateur (MR), qui n'a pas su réaliser l'exploit : conserver son score de 2007, détrôner le parti socialiste et faire basculer à droite le centre de gravité politique de la Wallonie. Alors, malheur au vaincu. Haro sur Didier Reynders ! Le président du MR a raté son pari. Du coup, en une fraction de seconde, le héros d'hier s'est transformé en bouc émissaire idéal. On reproche au ministre des Finances, pêle-mêle, sa supposée arrogance, sa stratégie d'isolement, sa volonté de radicaliser le clivage gauche-droite, dans une Wallonie " vissée " à gauche. Plusieurs cadors du MR évoquent, à demi-mot, le manque de discernement de Didier Reynders, qui s'est trompé au moment de définir la ligne du parti. Et si les causes de l'échec étaient plus profondes ? Et si la responsabilité de la défaite était plus collective ?
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Sauf spectaculaire (et improbable) retournement, le MR ne gouvernera donc ni en Wallonie ni à Bruxelles. Une pilule amère à avaler pour le Mouvement réformateur (MR), qui n'a pas su réaliser l'exploit : conserver son score de 2007, détrôner le parti socialiste et faire basculer à droite le centre de gravité politique de la Wallonie. Alors, malheur au vaincu. Haro sur Didier Reynders ! Le président du MR a raté son pari. Du coup, en une fraction de seconde, le héros d'hier s'est transformé en bouc émissaire idéal. On reproche au ministre des Finances, pêle-mêle, sa supposée arrogance, sa stratégie d'isolement, sa volonté de radicaliser le clivage gauche-droite, dans une Wallonie " vissée " à gauche. Plusieurs cadors du MR évoquent, à demi-mot, le manque de discernement de Didier Reynders, qui s'est trompé au moment de définir la ligne du parti. Et si les causes de l'échec étaient plus profondes ? Et si la responsabilité de la défaite était plus collective ? Au-delà des erreurs personnelles de Didier Reynders, le MR est confronté à un gros problème : sa difficulté à s'adresser aux classes populaires et, plus encore, son incapacité à rallier les électeurs issus de l'immigration. Combinés, ces deux facteurs expliquent le déclin des libéraux dans les grandes villes. L'électorat urbain se compose de plus en plus de personnes d'origine étrangère. Cette nouvelle donne, le MR semble éprouver toutes les peines du monde à l'intégrer. " C'est quand même aberrant de voir que le premier parti à Bruxelles ne prend pas en compte la plus grosse minorité bruxelloise : les personnes d'origine marocaine ", s'étonne Amina Derbaki. Députée régionale depuis 1999, elle n'a pas été réélue le 7 juin. La direction du MR ne lui avait confié qu'une anonyme 26e place... " Les libéraux ont raté la première vague de nouveaux Belges, d'origine italienne ou espagnole, analyse Jean-Benoît Pilet, politologue à l'ULB. Mais ça ne leur a pas porté préjudice, car ils ont compensé ce handicap par l'ouverture au monde catholique : le MR a conquis une bonne partie de l'électorat traditionnel social-chrétien. A présent, les libéraux sont en train de rater la deuxième vague, d'origine turque, marocaine ou africaine. En Wallonie, cela ne se ressent pas trop, car l'immigration reste concentrée sur les zones urbaines, où le MR n'était déjà pas très fort. A Bruxelles, par contre, les conséquences sont beaucoup plus douloureuses... "Les résultats d'une enquête réalisée par l'ULB à partir de sondages à la sortie des urnes, lors des élections fédérales de 2007, sont éclairants. En Wallonie et à Bruxelles, le MR n'a recueilli que 14,8 % des voix parmi les électeurs musulmans. Soit moins de la moitié de son résultat parmi les électeurs d'autres confessions (29,1 %). " Nous tenons à la dimension universelle du libéralisme, défend Christine Defraigne, qui était tête de liste MR à Liège. Nous ne voulons ni brader nos valeurs, ni flatter le communautarisme, ni instrumentaliser les personnes d'origine étrangère. Mais il est peut-être temps de quitter notre position de retenue. Il y a un travail de pédagogie à faire pour montrer que nos valeurs sont ouvertes à tous. Nous devons absolument y réfléchir avant les prochaines élections. " Un MR coupé du bas peuple ? Oui et non. Dans le Hainaut, la plus pauvre et la plus peuplée des provinces wallonnes, le MR dispose de figures populaires, enracinées dans le terrain local : Jean-Luc Crucke à Frasnes, Véronique Cornet à Montigny-le-Tilleul, Jacqueline Galant à Jurbise... Mais tous proviennent de communes de taille moyenne, semi-rurales, plutôt favorisées. Dans les grandes villes (Charleroi, Mons, Tournai, La Louvière), la domination socialiste demeure écrasante. Le MR n'y semble pas du tout en mesure de faire vaciller le PS. En interne, Louis Michel a plusieurs fois averti les siens : si le MR perd de vue les électeurs d'origine étrangère, surtout à Bruxelles, il est foutu. Grâce à ses positions en pointe sur les dossiers internationaux (Irak, Congo, Palestine), l'ex-ministre des Affaires étrangères s'est taillé une solide popularité auprès des Belges issus de l'immigration. En prônant un " libéralisme social ", Louis Michel a par ailleurs favorisé le rapprochement entre le MR et les classes populaires. Une leçon que doit peut-être méditer Didier Reynders... Bien que la stratégie ne soit pas sans risque : si le MR se recentre, afin de (re)conquérir l'électorat urbain, il pourrait être contesté sur sa droite. Unique parti francophone de centre-droit, le MR doit en permanence réaliser le grand écart. Question épineuse : le libéralisme social de Louis Michel ne permettait-il pas, justement, de mieux réaliser ce grand écart que la ligne actuelle de Didier Reynders ? Au sein du MR, les avis sont évidemment partagés. Et leur confrontation risque de produire des étincelles dans les prochaines semaines.FRANÇOIS BRABANT