Entre autres nombreux points positifs, le KunstenFestival des Arts (KFA) a l'avantage d'offrir à chaque édition des spectacles complémentaires à la traditionnelle saison chorégraphique. Bien que l'offre de spectacles de danse contemporaine soit, chez nous, assez généreuse, le KFA élargit - modestement, en regard du remue-ménage chorégraphique de par le monde - notre panorama des tendances actuelles.
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Entre autres nombreux points positifs, le KunstenFestival des Arts (KFA) a l'avantage d'offrir à chaque édition des spectacles complémentaires à la traditionnelle saison chorégraphique. Bien que l'offre de spectacles de danse contemporaine soit, chez nous, assez généreuse, le KFA élargit - modestement, en regard du remue-ménage chorégraphique de par le monde - notre panorama des tendances actuelles.A l'affiche, cinq productions - dont trois créations - nous donneront un condensé de ce que mijotent quelques chorégraphes, souvent associés à des créateurs oeuvrant dans d'autres disciplines artistiques. Grâce au KFA, certains d'entre eux nous sont déjà connus. D'autres, recrutés au titre de "dérangeurs", nous recadreront les idées. Toujours tonique... La chorégraphe Lynda Gaudreau ouvrira les festivités danse. Cette artiste canadienne nous avait déjà présenté son Document 1, première partie de son Encyclopoedia, dont nous découvrirons ici le troisième tome, Document 3. Cette "architecte du corps" a collecté mouvements, gestes divers et fragments d'oeuvres d'autres artistes pour se fabriquer une encyclopédie personnelle, exclusivement consultable en salle de spectacle. Les épisodes précédents de cette entreprise contenaient une étude sur la question du motif ( Document 1) et visitaient la notion du temps et de l'espace ( Document 2). Le Document 3, qui sera crée au KFA, sera consacré au "mouvement primordial, déclencheur du corps et de la pensée". Le cabinet des curiositésAutre habitué du KFA, le chorégraphe François Verret, qui exploite sa propre filière, plutôt d'ordre littéraire et philosophique. Son spectacle Chantier Musil nous ramène au grand romancier viennois du XXe siècle et à son inaltérable Homme sans qualités. Ulrich, personnage central de L'Homme sans qualités, complète la galerie des antihéros chers au chorégraphe qui, lors des éditions précédentes, s'était attaché à Kaspar Hauser, puis à Bartleby. A l'affiche, également, deux objets chorégraphiques non identifiables. Associé au metteur en scène hollandais Pieter Scholten, le chorégraphe italien Emio Greco a imaginé un manifeste en sept points - obscurs! - qui balise son langage chorégraphique. "On travaille un peu comme des scientifiques, explique-t-il, on cherche et on découvre d'abord, on commente et conclut ensuite." Intitulé Rimasto Orfano, le résultat de ces cogitations est donc à apprécier sur place, tout comme le sera The Sea & Poison, de la compagnie américaine Goat Island. Ce spectacle est une performance, caractérisée par des mouvements qui oscillent entre danse et marche. A essayer. Les danseurs Saïd Gharbi et Ali Salmi font partie de la compagnie du Belge Wim Vandekeybus, où ils ont rencontré le dramaturge Georg Weinand. Forts de leurs affinités et enrichis de leurs différences culturelles, ils ont formé les "Ballets du Grand Maghreb". Un nom insolite, les pays du Maghreb n'ayant pas de tradition de ballet ou de danse moderne. Qu'à cela ne tienne! Nos compères inventeront ce genre qui connaîtra peut-être une postérité. Pour préparer leur spectacle Inn Tidar, ils se sont rendus au Maroc. Un voyage plein d'enseignements et de paradoxes, puisque Saïd Gharbi, le désormais célèbre danseur aveugle, a guidé ses amis (l'un algérien, l'autre belge), à travers son pays. Inn Tidar se fera l'écho de leurs perceptions des contrastes qu'offre le Maroc. Bouclés dans un espace cubique, les deux danseurs seront interpellés ou provoqués par des musiciens et par un chant féminin, venu du haut d'une tour. Sa voix, comme celle du muezzin qui appelle à la prière, rythme le déroulement d'un spectacle tendant à équilibrer tradition et modernité, individuel et universel, attente et urgence. Lucie Van de Walle