La scoliose est une maladie qui se manifeste principalement à la veille de la puberté : environ 4 % des 10-14 ans y sont confrontés. La colonne vertébrale, qui devrait normalement être parfaitement droite vue de derrière, affiche chez ces patients une ou deux déviations latérales doublées d'une torsion évoquant un escalier en colimaçon. Peu à peu, on s'aperçoit que le bassin n'est pas équilibré, que les épaules et omoplates ne sont pas à la même hauteur et deviennent asymétriques et que, lorsque le patient se penche en avant, une bosse apparaît au niveau du dos.
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La scoliose est une maladie qui se manifeste principalement à la veille de la puberté : environ 4 % des 10-14 ans y sont confrontés. La colonne vertébrale, qui devrait normalement être parfaitement droite vue de derrière, affiche chez ces patients une ou deux déviations latérales doublées d'une torsion évoquant un escalier en colimaçon. Peu à peu, on s'aperçoit que le bassin n'est pas équilibré, que les épaules et omoplates ne sont pas à la même hauteur et deviennent asymétriques et que, lorsque le patient se penche en avant, une bosse apparaît au niveau du dos. Rattachés à l'UZ Leuven, les Drs Pierre Moens et Sebastiaan Schelfaut sont spécialisés dans la scoliose de l'enfant et du jeune adulte. " Lorsqu'il existe des antécédents familiaux, les parents sont évidemment attentifs aux signes caractéristiques, explique Pierre Moens. Lorsque ce n'est pas le cas, par contre, c'est souvent tout à fait par hasard qu'ils remarquent les changements en voyant leur enfant en maillot de bain, par exemple. Il arrive aussi que ce soit le médecin scolaire ou un prof de gym qui tire la sonnette d'alarme. " Pour poser le diagnostic et déterminer la gravité de l'atteinte, le patient sera soumis à un examen clinique et à une radiographie. " Un examen neurologique nous permettra par ailleurs de rechercher une éventuelle cause telle qu'une maladie des muscles ou du système nerveux. Dans 80 % des cas, celle-ci reste toutefois impossible à établir et on parlera d'une scoliose idiopathique ", enchaîne le Dr Schelfaut Les déviations de la colonne vertébrale peuvent rester stables ou au contraire continuer à évoluer tant que la croissance n'est pas terminée. Généralement elles sont heureusement minimes et ne nécessitent aucun traitement... Mais lorsqu'elles sont plus marquées, elles risquent de provoquer des problèmes posturaux et des maux de dos en cas de station debout ou assise prolongée. " Il peut même arriver qu'elles déforment le tronc de façon conséquente, précise le Dr Schelfaut. Tous les sondages s'accordent à dire que c'est souvent le problème esthétique qui est le plus pénible pour les jeunes eux-mêmes. " Une évolution rapide (ce qui arrive 5 fois plus fréquemment chez les filles) sera donc surveillée de manière particulièrement attentive. Si nécessaire, la première mesure sera le port d'un corset en plastique dur fabriqué sur mesure, qui s'appuie sur le bassin et contrecarre la rotation du tronc. " Il devra être porté 22 à 23 heures par jour, du moins dans un premier temps, précise le Dr Moens. Ce n'est évidemment pas une sinécure, mais la majorité des jeunes tiennent bravement le coup... car ce traitement réduit le risque d'opération de 40 à 75 %. " Certains spécialistes de la scoliose, en particulier en Allemagne, prescrivent aussi automatiquement des exercices physiques spécifiques encadrés par un thérapeute spécialisé en plus du port du corset. " Il n'est toutefois pas prouvé que ceci permet de corriger ou de stabiliser la scoliose, alors que ces séances sont évidemment chronophages, observe le Dr Schelfaut. Ici, nous préférons que les jeunes patients consacrent ce temps à un sport de leur choix, qui contribuera à entretenir leur santé physique. Précisons au passage qu'ils peuvent se passer du corset au cours de la pratique sportive. " Lorsque la déformation atteint un angle de 45 degrés et que tout porte à croire qu'elle va encore s'aggraver, il sera nécessaire d'avoir recours à la chirurgie. " L'opération consiste à fixer la colonne dans sa position normale à l'aide de vis et de tiges, explique le Dr Moens. Toutes les vertèbres de la zone à corriger sont définitivement fixées les unes aux autres et finiront par fusionner en un grand os unique, ce qui a valu à cette intervention le nom de fusion rachidienne. " Les segments ainsi fixés ne peuvent évidemment plus grandir dans le sens de la longueur. " Nous n'aimons toutefois pas trop attendre la fin de la croissance osseuse, car la déformation risque de se marquer de plus en plus avec le temps, avec à la clé une opération plus complexe et un risque accru de complications, souligne Sebastiaan Schelfaut. Ces patients ont à la base le tronc un peu plus court que la normale à cause de la scoliose, mais le redressement de la colonne au cours de l'opération leur permet de gagner quelques centimètres. En bout de course, lorsque la croissance se termine, leur dos est généralement un peu plus court mais en tout cas sensiblement plus droit. " " Le risque de graves complications telles qu'une atteinte de la moelle épinière ou des nerfs reste heureusement très limité lorsque l'intervention est réalisée dans un centre spécialisé, mais il arrive néanmoins qu'un patient se retrouve définitivement paralysé, poursuit le Dr Moens. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous n'optons pas pour cette solution à la légère, mais ce n'est pas la seule : après une fusion rachidienne, le dos est en effet plus solide mais aussi moins souple. Les parties non fixées de la colonne sont donc logiquement plus sollicitées lors des mouvements du tronc, ce qui peut à terme provoquer des maux de dos et une usure prématurée. " Une pratique sportive récréative peut être reprise quatre à six mois après l'opération, mais il faudra attendre douze mois pour s'y remettre de manière vraiment intensive. " Bouger régulièrement aide à conserver sa souplesse et sa condition physique et mentale ", souligne le Dr Schelfaut." Les déformations relativement importantes mais qui ne se prêtent pas à une opération continueront à bénéficier d'un suivi après la fin de la croissance squelettique, ajoute le Dr Moens. Il arrive en effet que la scoliose continue à évoluer, sans compter que ces patients peuvent, comme tout un chacun, développer plus tard dans la vie une forme dégénérative - une scoliose consécutive à l'usure de la colonne vertébrale, qui nécessitera une approche distincte. " La fusion rachidienne n'est évidemment pas possible chez les sujets qui doivent encore beaucoup grandir, comme les jeunes enfants ou les préadolescents. " Dans l'attente de la fusion proprement dite, il est alors possible d'avoir recours à des tiges de croissance qui seront allongées tous les six mois, ce qui nécessite à chaque fois une opération sous anesthésie générale, explique le Dr Moens. En présence de certaines maladies, cela peut être trop risqué. Certains petits patients seront donc candidats à la pose de barres de croissance magnétiques, qui peuvent être rallongées de l'extérieur à l'aide d'un aimant extrêmement puissant. " Enfin, il existe encore une autre technique, qui n'est actuellement pas remboursée : " La technique du 'tethering' consiste à placer des vis sur les côtés, et plus précisément sur la face convexe de la déformation, explique le Dr Schelfaut. Ces vis sont reliées entre elles à l'aide d'un câble souple (ou tether dans la langue de Shakespeare) qui sera mis sous tension... et la pression ainsi exercée sur la zone des vertèbres qui se trouve du côté convexe de la courbure va ralentir sa croissance par rapport à celle du côté concave. Cette technique permet de corriger progressivement la déformation pendant la croissance en préservant la mobilité de la colonne vertébrale. Nous ne savons toutefois pas encore très bien dans quelle mesure les disques intervertébraux sont capables de supporter cette pression, et les effets à plus long terme de cette technique prometteuse restent également à établir. "