Le Vif/L'Express : Pour vous, qui est Michel Daerden ?

Alain Mathot : Si je devais définir Michel Daerden, je dirais que c'est un homme de pouvoir. Michel a basé toute sa vie sur le pouvoir. Avec une qualité : il sait utiliser ce pouvoir. Quand on travaille avec Michel, ça bouge, ça avance, c'est concret. Quand on noue un accord, ça fonctionne. Il traite les dossiers avec une efficacité rare. Mais j'ai parfois l'impression que sa logique, c'est plutôt de perdurer. Il manque de projet. Michel est quelqu'un d'indispensable dans la réalisation, mais ce n'est pas un porteur d'idées.
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Alain Mathot : Si je devais définir Michel Daerden, je dirais que c'est un homme de pouvoir. Michel a basé toute sa vie sur le pouvoir. Avec une qualité : il sait utiliser ce pouvoir. Quand on travaille avec Michel, ça bouge, ça avance, c'est concret. Quand on noue un accord, ça fonctionne. Il traite les dossiers avec une efficacité rare. Mais j'ai parfois l'impression que sa logique, c'est plutôt de perdurer. Il manque de projet. Michel est quelqu'un d'indispensable dans la réalisation, mais ce n'est pas un porteur d'idées. Mon grand-père, syndicaliste, était le bras droit d'André Renard. Le pouvoir ne m'intéresse que pour réaliser un projet. Michel, ce qui l'intéresse surtout, c'est le pouvoir en tant que tel. Michel ne comprend qu'un langage, celui du rapport de force. Il est toujours dans ce schéma-là. Je peux le comprendre : c'est très simple, très basique, le rapport de force. Faux. D'abord, je m'entends bien avec Michel Daerden. Ensuite, Willy Demeyer et moi, on ne se situe pas constamment dans le rapport de force. Il y a moyen de faire de la politique sans avoir besoin de démontrer à chaque instant qu'on est le plus fort. Quand on discute, c'est avant tout le projet qui importe. Michel, c'est vrai, procède souvent différemment. Il arrive en disant : mon idée, c'est celle-là, et comme je suis le plus fort, c'est comme ça qu'on va faire. C'est la dynamique des clans, ça. Moi, je suis plutôt dans une logique de groupe : j'ai autant de respect pour le point de vue de Willy Demeyer, qui dirige une commune de presque 200 000 habitants, que pour celui d'Isabelle Simonis, bourgmestre de Flémalle. Je ne veux pas de leader unique, qui que ce soit. Ce n'est pas sain, les leaders uniques. La pensée unique au sein du PS me terrifie : au bureau du parti, on est tous d'accord ! Dans un parti, la confrontation des idées est nécessaire, à partir du moment où elle reste courtoise. Mais j'insiste : malgré nos désaccords ponctuels, j'ai beaucoup plus de points communs avec Michel Daerden qu'avec Didier Reynders. Avant tout, nous sommes tous les deux socialistes. Cela s'est manifesté au moment de l'élection pour la présidence de la fédération. A l'époque, on a dit que nous étions dans une logique de lutte pour le pouvoir. Ce n'est pas mon sentiment : la divergence portait sur une conception différente quant à l'avenir de Liège. Michel Daerden le voyait avant tout sous l'angle économique. Il voulait créer une grande communauté économique au niveau de Liège, en regroupant l'ensemble des intercommunales dans un grand holding public, la SLF. Willy Demeyer et moi, nous concevons d'abord la communauté urbaine comme une communauté politique. La comparaison avec les Etats-Unis d'Amérique permet d'illustrer ce débat : les Etats-Unis se sont d'abord construits sur un projet politique. Avant d'unifier leur économie, ils ont rédigé une Constitution commune, tout en conservant des monnaies différentes dans chaque Etat. Avec l'Europe, on a procédé dans le sens inverse, en voulant réaliser l'union économique avant l'union politique. On voit bien le problème... Il ne faudrait pas commettre la même erreur à Liège. Les résultats ne peuvent pas me permettre de le regretter. Michel Daerden, c'est un phénomène... Mais je suis convaincu que son image suscite des réticences auprès de certains citoyens. En 2007, quand il avait été désigné tête de liste pour les fédérales, j'avais dit : on fait une erreur. Car il y a des gens de gauche qui ne voteront jamais Daerden. Or celui qui est tête de liste, il incarne à lui seul toute la liste. Avec Michel, on a donc tendance à perdre des électeurs. Au moment de constituer les listes pour les régionales, c'était de nouveau mon analyse, mais je ne l'ai pas clamée haut et fort. Je ne voulais pas ranimer la guerre au sein du PS liégeois. Je ne dis pas qu'il faut se passer de Michel ! On a besoin de sa popularité. Mais lui réserver la tête de liste, ce n'était pas une bonne idée. Les affaires et la politique, ce sont deux mondes différents. Soit on s'occupe de la chose publique, soit on s'occupe de la chose privée. Il faut une coupure nette. Quand je suis devenu député, j'ai revendu ma société immobilière, alors que je ne faisais rien d'illégal et que j'aurais très bien pu continuer. Michel Daerden n'a plus aucune activité de révisorat. Il a revendu ses parts. Je n'ai aucun problème avec lui. La coupure ne saurait pas être nette... Mais Michel n'est pas responsable. Quand Frédéric a racheté les parts, il n'était pas encore bourgmestre. Mais, à un moment donné, il faut choisir. Je ne doute pas de l'honnêteté de Fred, mais l'image d'impartialité est écornée. Imaginons que Fred soit allé trouver Michel pour un dossier wallon... Cela ne veut pas dire qu'il y a eu malversation. Mais on ne peut pas s'empêcher de douter. Et, dans le climat actuel, le seul fait de poser la question, c'est de trop. Non. Le problème reste posé. Mais je ne veux pas d'une loi sur le sujet. Ce serait difficile et très dangereux. Quand je vois que les députés wallons ont voté un décret uniquement pour Frédéric Daerden, ça me scandalise. Cela doit rester une question personnelle, que chaque homme politique doit se poser. C'est à Fred à savoir s'il doit continuer le révisorat ou pas. Michel Daerden est devenu une star. Il est arrivé à un stade où il n'a plus besoin des structures du parti. C'est un people. Il n'est plus dans le schéma politique. Tout le monde aime papa... Un peu comme on aimerait tous devenir copain avec Benoît Poelvoorde. F.B." quand on travaille Avec Michel, ça bouge, ça avance, c'est concret "