Alors que le Rwanda vient de commémorer le génocide survenu il y a dix-huit ans, les opposants politiques tentent de construire une alternative au régime de Paul Kagame, qui demeure l'homme fort du pays depuis 1994. Parmi eux, le major Théogène Rudasingwa, un Tutsi anglophone qui a été fort proche de Kagame, puisqu'il a été secrétaire général du FPR, ambassadeur aux Etats-Unis et secrétaire privé du président, avant de partir en exil en 2005. Condamné à vingt-quatre ans de prison, il accuse aujourd'hui le président d'avoir ordonné l'assassinat de son prédécesseur Juvénal Habyarimana mais aussi de Laurent-Désiré Kab...

Alors que le Rwanda vient de commémorer le génocide survenu il y a dix-huit ans, les opposants politiques tentent de construire une alternative au régime de Paul Kagame, qui demeure l'homme fort du pays depuis 1994. Parmi eux, le major Théogène Rudasingwa, un Tutsi anglophone qui a été fort proche de Kagame, puisqu'il a été secrétaire général du FPR, ambassadeur aux Etats-Unis et secrétaire privé du président, avant de partir en exil en 2005. Condamné à vingt-quatre ans de prison, il accuse aujourd'hui le président d'avoir ordonné l'assassinat de son prédécesseur Juvénal Habyarimana mais aussi de Laurent-Désiré Kabila, père de l'actuel président congolais. Théogène Rudasingwa : Mieux vaut tard que jamais, non ? Ma conscience est soulagée à présent. Au Rwanda, il est impossible de changer le système de l'intérieur, à moins de disparaître, de voler en prison ou d'être contraint à se taire à jamais. Au départ, je voulais quitter la politique et redevenir médecin. Quand j'ai fondé avec des collègues [NDLR : également des dissidents du FPR] le Rwanda National Congress en 2010, j'ai décidé de tout sortir, même au prix de ma vie. Dans une conspiration, les preuves sont rares. Je réserve certains détails pour le juge français Trevidic, en charge de l'enquête. Kagame est le responsable. L'opération a été commandée directement depuis le QG de Mulindi et exécutée par des gens qui étaient positionnés au CND (parlement) à Kigali en vertu des accords d'Arusha. Je n'aurais jamais imaginé qu'un jour je collaborerais avec elle ! Pas plus qu'Ingabire n'a songé en l'an 2000 à se porter candidate à la présidence. Son retour au Rwanda était comme un stress test du système Kagame. Celui-ci n'en a pas mesuré les conséquences : l'incarcération de Victoire, une femme très courageuse, porte plus atteinte à son pouvoir que s'il avait accepté qu'elle participe à l'élection présidentielle, même en lui laissant 5 % des voix. Après lui, la personne la plus importante est Jeannette, sa femme. Ensuite, Jack Nziza, officiellement secrétaire général du ministère de la Défense. Il contrôle tous les réseaux informels au Rwanda, dans la région, mais aussi en Europe. Kagame peut aussi compter sur la garde présidentielle, devenue une armée dans l'armée. J'ai le pressentiment que quelque chose se produira dans les trois à quatre ans à venir si nous ne nous engageons pas rapidement sur la voie du dialogue. Les Hutu sont très marginalisés au Rwanda aujourd'hui. Des Tutsi se joignent à leur combat, car ils partagent les mêmes misères. Nous essayons de dire aux Hutu que leurs ennemis ne sont pas les Tutsi, et inversement. Le véritable ennemi est le régime, qu'il ait été dirigé par une petite clique de Hutu comme dans le passé, ou de Tutsi, comme aujourd'hui. Mais nous plaidons pour une transition pacifique. En fait, je mets aujourd'hui en garde exactement comme je le faisais avant le génocide. J'étais dans la rébellion du FPR et j'allais également dans les capitales pour avertir du danger. A l'époque, personne ne nous a écoutés. ENTRETIEN : FRANÇOIS JANNE D'OTHÉE" J'ai décidé de tout sortir, même au prix de ma vie "