Peu disponibles, les médecins ? Tout dépend des spécialités. Seuls 7 % des 22 000 répondants à une enquête santé des Mutualités chrétiennes estiment ne pas obtenir rapidement un rendez-vous chez le généraliste (sondage national en ligne de mars-avril 2013). Mais ce taux atteint 18 % à 51 % pour les autres prestataires de soins. Les spécialistes les moins disponibles sont les ophtalmologues - plus de la moitié des patients se plaignent -, les gynécologues (42 %) et les orthopédistes (33 %).
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Peu disponibles, les médecins ? Tout dépend des spécialités. Seuls 7 % des 22 000 répondants à une enquête santé des Mutualités chrétiennes estiment ne pas obtenir rapidement un rendez-vous chez le généraliste (sondage national en ligne de mars-avril 2013). Mais ce taux atteint 18 % à 51 % pour les autres prestataires de soins. Les spécialistes les moins disponibles sont les ophtalmologues - plus de la moitié des patients se plaignent -, les gynécologues (42 %) et les orthopédistes (33 %). " Les médecins ne sont pas forcément moins disponibles qu'autrefois, mais les patients, eux, sont plus pressés, estime le Dr Michel Vermeylen, généraliste. Ainsi, les services d'urgence sont encombrés de personnes qui veulent être examinées sans délai. " Généraliste elle aussi, Anne Gillet confie qu'elle reçoit en moyenne 25 patients par jour et qu'elle a des journées de travail de près de douze heures. Pourquoi accepter de telles prestations ? " Le boulot est là, on le prend, répond-t-elle. Peut-être sommes-nous victimes de la frénésie de la société. Nos salles d'attente explosent, même si les médecins reçoivent de plus en plus sur rendez-vous. Des cas urgents s'ajoutent sur la liste. Une otite n'est certes pas un cas urgent, mais il peut être utile de voir l'enfant le jour même de l'appel. Alors, on l'intercale. " Le Dr Vermeylen assure que les médecins belges sont plus accessibles que leurs confrères néerlandais. " Aux Pays-Bas, pour consulter un généraliste, il faut appeler le secrétariat d'un groupe médical, et vous obtenez un rendez-vous un à trois jours plus tard. En Belgique, vous êtes souvent reçu le jour même. " Depuis une vingtaine d'années, les visites médicales à domicile se font plus rares, ce que confirment les études statistiques de l'Inami. " Autrefois, les patients spéculaient sur l'abondance de médecins, confie le Dr Vermeylen. Si l'un d'eux refusait de se déplacer, un autre prenait sa place. Cette concurrence a fortement diminué avec la raréfaction des effectifs de généralistes. " Un rapport récent de la Fondation Roi Baudouin met en évidence le poids croissant des tâches administratives dans le travail du médecin. Nos interlocuteurs confirment : une part de plus en plus importante de leurs journées est consacrée aux demandes de certificats, aux autorisations de remboursement de médicaments, aux dossiers à remplir pour la reconnaissance d'un handicap... " Cette surcharge de travail est l'une des causes du burn-out des médecins ", assure leDr Jean-Jacques Rombouts, vice-président du Conseil national de l'Ordre des médecins. Les données du SPF Santé révèlent que 5,4 % des médecins sont en burn-out et que 17,8 % présentent un risque de s'y retrouver. " La médecine est l'une des professions les plus touchées par cet état de stress et de fatigue, constate un psychiatre. Un médecin ne se laisse pas volontiers soigner par un confrère et recourt souvent à l'automédication. Quand il craque, c'est violent. " Pour décompresser, certains médecins recourent à l'alcool ou aux médicaments. " Le petit verre dans le nez touche de nombreux confrères, glisse le Dr Vermeylen. L'abus d'alcool est lié au stress, aux responsabilités, à l'horaire des rendez-vous à tenir. Mais recevoir une trentaine de patients par jour, ce n'est plus de la médecine, c'est de l'abattage ! " Olivier Rogeau