En 2003, vous avez co-écrit un ouvrage intitulé " Comprendre l'économie ". La crise actuelle mériterait bien un nouveau chapitre ?

>Philippe Maystadt : Pas nécessairement. Deux forces nouvelles et deux forces anciennes se combinent pour expliquer cette crise sans précédent. Les forces nouvelles, c'est la mondialisation et l'abondance des moyens de financement. Les forces anciennes, l'appât du gain et la stupidité.
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>Philippe Maystadt : Pas nécessairement. Deux forces nouvelles et deux forces anciennes se combinent pour expliquer cette crise sans précédent. Les forces nouvelles, c'est la mondialisation et l'abondance des moyens de financement. Les forces anciennes, l'appât du gain et la stupidité. >Un déséquilibre fondamental s'est instauré entre des économies qui surconsomment et des économies qui sur-épargnent. D'une part, les pays asiatiques et exportateurs de pétrole ont accumulé d'immenses réserves financières qui ont été placées aux Etats-Unis par achat massif de bons du Trésor américain. D'autre part, les Américains et les Anglais ont pris l'habitude de s'endetter pour consommer. Ils avaient donc besoin de financement extérieur. >La Réserve fédérale américaine a pratiqué une politique monétaire très accommodante, qui a maintenu pendant plusieurs années des taux d'intérêt réel négatifs. Les banques ont pratiqué à grande échelle la titrisation : elle consiste à transformer une créance en titre négociable sur le marché. Ce processus a permis aux banques de refiler sur les marchés financiers des crédits risqués, moyennant une rémunération alléchante. Enfin, on a assisté au développement des activités hors bilans, échappant à tout contrôle. C'est le cas des hedge funds, des zones de non-droit. On a vécu dans une illusion collective. >Des experts ont tiré la sonnette d'alarme. Mais en période d'euphorie, on ne les écoute pas. C'était l'ère de l'autorégulation des acteurs. >Il ne faut pas oublier le poids important que représentent les Etats-Unis dans le Fonds monétaire international. >D'autant qu'elles se sont mises à développer des activités de conseils pour les produits structurés. Bonjour les conflits d'intérêts ! Savez-vous qu'une institution doit payer pour recevoir une notation de ces agences ? La logique voudrait que ce soit l'utilisateur de la notation qui paie. Il faut encadrer ces agences de notations. >On a un besoin impératif d'un système européen de coordination des superviseurs bancaires. Il faut revoir certains règles comptables, harmoniser les règles de protection des dépôts, réglementer la titrisation. >Si on avait eu un tel système européen de supervision et d'échange d'informations, on n'aurait pas laissé les choses aller aussi loin. >J'espère que les actionnaires, qui exigeraient un " retour " de 15 %, auront eu une bonne leçon. Il faut aussi interdire certaines formes de rémunération qui poussent les banques à prendre des risques excessifs pour des profits à court terme. Les bonus, calculés en fonction des résultats d'une année, ne devraient être payés que trois ans plus tard. Après vérification des résultats consolidés. A la BEI, je n'ai jamais voulu m'engager dans la logique du profit à court terme. Dans la salle des marchés de l'institution, certains grinçaient des dents en voyant les bonus versés à leurs collègues d'autres banques. Mais en contrepartie, ils doivent être bien rémunérés. >C'est délicat. Où est la limite entre la gestion active d'un portefeuille et la spéculation ? La taxe Tobin (NDLR : sur les transactions financières) pourrait mettre un petit grain de sable dans ces mouvements spéculatifs, pour autant qu'elle soit appliquée de manière universelle. >Il faut tout de même un lieu où pouvoir acheter et vendre des actions bancaires. Nous avons besoin des institutions bancaires qui apportent à l'économie les moyens financiers nécessaires. >Je ne suis pas opposé au concept du rôle public joué par une banque. Mais une banque ne peut être gérée comme une administration. >On ne va pas casser cette logique dans l'immédiat. Herman Van Rompuy a raison de dire que l'espoir doit venir des Etats-Unis. Mais il faudra s'efforcer de corriger progressivement les déséquilibres fondamentaux. Ce qui supposera de changer de mode de vie. Entretien : Pierre Havaux