Figure tutélaire d'une certaine photographie, Henri Cartier-Bresson n'a jamais fait mystère de ce qu'il lui devait, André Kertész (1894 - 1985) est passé à la postérité pour son usage inspiré du format 24 x 36 mm. Enseignant-chercheur en photographie et cinéma français, Cédric de Veigy rappelle à propos que cette esthétique ne fut pas le tout de...

Figure tutélaire d'une certaine photographie, Henri Cartier-Bresson n'a jamais fait mystère de ce qu'il lui devait, André Kertész (1894 - 1985) est passé à la postérité pour son usage inspiré du format 24 x 36 mm. Enseignant-chercheur en photographie et cinéma français, Cédric de Veigy rappelle à propos que cette esthétique ne fut pas le tout de sa pratique. "Aucune étude n'est venue distinguer les clichés qui, entre 1929 et 1936, marquent les débuts de sa pratique du Leica, appareil novateur avec lequel il initia des déambulations photographiques qui renouvellent son intelligence de la prise de vue." Pour pallier le manque établi par ce constat, le Musée de la photographie de Charleroi a préféré les choses aux mots savants. Les choses? Il serait plus exact de parler de pellicules originales, celles qui sont conservées par la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine à Charenton- le-Pont. Ce patrimoine à moitié enfoui réussit le miracle de "conter ce moment singulier où la rencontre entre un homme et un appareil permet à la photographie de se découvrir une vocation inexplorée: recueillir sur le trottoir ce qui nous relie les uns aux autres", comme le consigne de Veigy. Marcher dans l'image se découvre comme une exposition aux contours archéologiques, il est question de retrouver la vivacité du regard, son éclat enfoui. Au fil des clichés, il est aussi question d'un temps long, loin de cet "instant décisif" trop balisé, qui témoigne au visiteur de l'existence de quelque chose de salutaire: une joie ineffable devant le spectacle du monde. On quitte les lieux avec cette impression d'avoir été au plus proche de l'oeil de ce talent né à Budapest.