" On est dans les années 1990 et j'entre dans cette librairie parisienne d'extrême droite. C'est avant qu'Internet ne contribue à vous identifier aussi facilement. Je suis undercover, les cheveux ras, portant un bomber sur lequel j'ai accroché une croix celtique. Il faut passer la première pièce consacrée à la littérature d'extrême droite pour aller là où les bouquins néonazis officiellement interdits sont disponibles aux gens introduits ou cooptés. " Dans un café de Saint-Gilles - la commune où il réside depuis plus de trente ans - Manuel Abramowicz reprend un peu d'air. Quinqua poivre et sel nickel, il ressemble davantage à un mélange d'Eric Clapton et de Marcel Liebman (1) qu'à un antifaf infiltré. " Et puis, je suis tombé sous le regard d'un skinhead qui devait faire deux mètres, dont le pitbull est venu me renifler. Le type me regardait, l'air de dire qu'il se doutait peut-être de quelque chose. Ça a duré un certain temps. Mais j'ai tenu bon, je n'ai pas craqué. " D'autres visites camouflées à des rassemblements de Le Pen ou similaires tissent, au fil du temps, une vraie connaissance de la droite extrême. " Oui, déclare Abramowicz, il y a dans tout ça un côté romantique, celui de se retrouver casqué, prêt à en découdre face à des fascistes. Et puis, c'est devenu l'une de mes spécialités : tout lire et tout connaître de l'extrême droite ".
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