Les présidents des deux plus grands partis, Paul Magnette (PS) et Bart De Wever (N-VA), se sont affrontés au cours d'un débat au sommet, le 3 avril dernier, à Bruxelles. Cette rencontre, organisée par L'Echo et De Tijd, a été riche en enseignements pour l'après-élections du 25 mai.
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Les présidents des deux plus grands partis, Paul Magnette (PS) et Bart De Wever (N-VA), se sont affrontés au cours d'un débat au sommet, le 3 avril dernier, à Bruxelles. Cette rencontre, organisée par L'Echo et De Tijd, a été riche en enseignements pour l'après-élections du 25 mai. Le seul fait qu'il y ait eu débat est déjà remarquable. Et le constat que Paul Magnette et Bart De Wever se soient rencontrés pour la toute première fois et qu'ils ne disposaient pas de leurs numéros de téléphone mutuels avant cette date illustre le manque total de contact entre le PS et la N-VA... Alors que la probabilité est particulièrement grande qu'ils demeurent l'un et l'autre le plus grand parti au sein de leur groupe linguistique - pour la N-VA, c'est une quasi-certitude - et qu'ils sont voués à se rencontrer lors de la formation fédérale, les patrons des deux principales formations du pays n'ont donc pas oeuvré en coulisse, ces derniers mois, pour améliorer leurs relations. Cet éloignement explique en partie l'interminable crise institutionnelle survenue après les élections de juin 2010. Abondamment commentée, la confrontation a profité aux deux protagonistes, même s'ils ont rarement mené un vrai débat, du moins sur des mesures concrètes. L'un a parlé, puis l'autre, chacun de son côté et par-dessus la tête de l'autre. De plus, la discussion n'a pas toujours porté sur les programmes politiques respectifs : elle a surtout concernée la politique du gouvernement fédéral. Le débat ne pouvait donc pas avoir de perdant. Plus l'un fait preuve de fermeté, plus l'autre peut se dresser en héraut pour sa communauté contre une telle calamité. Magnette et De Wever avaient donc tout intérêt à faire preuve de répartie. Hormis dans la circonscription électorale de Bruxelles, le PS et la N-VA ne se rencontreront pas, ils jouent dans des divisions électorales différentes. Leur confrontation a tout d'un simulacre. En outre, dans le débat socio-économique, le PS se positionne résolument à gauche et la N-VA clairement au centre-droit : plus le PS prend place à gauche, mieux c'est pour la N-VA ; plus la N-VA se place à droite, plus le PS en profite. Au final, résultat intéressant, même si on n'a pas appris grand-chose de nouveau. Pourtant, Bart De Wever n'a jamais été plus clair sur le lien entre le confédéralisme et les réformes socio-économiques : plus il bénéficie de celles-ci, moins il met de confédéralisme sur la table. Le débat était surtout pertinent parce qu'il a permis d'illustrer la distance entre le PS et la N-VA, au-delà des différences entre deux programmes politiques : deux visions de société opposées. Si une coalition entre eux n'est pas impossible, elle se révèle extrêmement difficile : la ligne de fracture socio-économique est gigantesque. La probabilité qu'un gouvernement soit formé avec le PS et la N-VA n'est pas nulle mais elle est faible. La question est donc de savoir quelle communauté linguistique verra son plus grand parti relégué dans l'opposition. En 2010, c'étaient les Flamands. Au tour des francophones en 2014 ? Ceux qui n'y sont pas disposés n'auront plus qu'à instaurer le confédéralisme. RÉAGISSEZ SUR LEVIF.BE/OPINIONSRetrouvez la chronique de Thierry Fiorilli le lundi à 7 h 20 sur Bel-RTL Matin. Carl Devos Politologue à l'Université de Gand.