"Quand j'avais 5 ans, je me suis noyé. Je suis presque mort. Mais des ténèbres, je suis revenu à la lumière. Au fil du temps, j'ai apprivoisé l'eau, au point d'aimer y flotter quand tout le monde la craint: la nuit. C'est là que je me sens le plus vivant."
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"Quand j'avais 5 ans, je me suis noyé. Je suis presque mort. Mais des ténèbres, je suis revenu à la lumière. Au fil du temps, j'ai apprivoisé l'eau, au point d'aimer y flotter quand tout le monde la craint: la nuit. C'est là que je me sens le plus vivant." C'est avec ces mots que Vincent Jendly (Fribourg, 1969) a l'habitude de présenter son travail. Ainsi trempées dans un bain de développement existentiel, les images du Suisse acquièrent une valeur de métaphore. Les photographies prises au moyen format et les vidéos qu'il présente dans cette série résultent d'un voyage à bord de cinq cargos de marine marchande. Chaque jour de navigation rejoue le drame fondateur, celui du soleil qui succède aux flots plongés dans l'obscurité ou, en d'autres termes, celui de l'air qui entre à nouveau dans les poumons. Le tout s'apparente à un miracle inouï, vécu à la façon d'une catharsis par l'intéressé, particulièrement quand c'est une nuit noire, "d'ancre" pour faire un mauvais jeu de mots, au ciel bouché, qui précède l'apparition de la lumière. Lux in Tenebris se découvre dans la "boîte noire" du Musée de la photographie de Charleroi, là où un projecteur se charge de faire défiler sur écran le travail des talents. Heureusement, le dispositif sied comme un gant à la proposition. Qu'il s'agisse d'images en mouvement méditatives ou des clichés magnétiques qui restituent les atmosphères maritimes et navales nocturnes. On pense à ce hublot faisant place au néant, un véritable trou noir semblant aspirer le réel. Tel un voile des apparences, un rideau blanc flotte au vent, ornement bien dérisoire peinant à cacher la misère nue de la traversée. Il y a aussi cette lumière artificielle jaune dont la texture dit les yeux qui collent et les bouches pâteuses.