Alors que la Journée mondiale du réfugié vient de rappeler que 42 millions d'habitants de cette planète sont obligés de fuir leurs lieux de vie, 1 637 citoyens de Wavre et environs, dont plusieurs notables, se sont opposés lors d'une enquête publique à l'arrivée, à Louvranges, d'une vingtaine de femmes en demande d'asile originaires d'Afrique ou d'Europe de l'Est, avec leurs enfants. Suite à la requête des opposants, le Conseil d'Etat a déjà cassé deux fois le permis de la Région wallonne destiné à réhabiliter l'ancien couvent des Filles de la Charité, située dans la calme et arborée venelle Notre-Dame-des-Champs. Résultat, les travaux sont à l'arrêt depuis janvier.
...

Alors que la Journée mondiale du réfugié vient de rappeler que 42 millions d'habitants de cette planète sont obligés de fuir leurs lieux de vie, 1 637 citoyens de Wavre et environs, dont plusieurs notables, se sont opposés lors d'une enquête publique à l'arrivée, à Louvranges, d'une vingtaine de femmes en demande d'asile originaires d'Afrique ou d'Europe de l'Est, avec leurs enfants. Suite à la requête des opposants, le Conseil d'Etat a déjà cassé deux fois le permis de la Région wallonne destiné à réhabiliter l'ancien couvent des Filles de la Charité, située dans la calme et arborée venelle Notre-Dame-des-Champs. Résultat, les travaux sont à l'arrêt depuis janvier. Propriétaire des lieux depuis 2006, l'ONG Caritas a plusieurs fois tenté d'expliquer le projet aux habitants. " La plupart ne viennent pas pour écouter, mais pour montrer qu'ils ne veulent pas de ce projet ", se désole son directeur Gonzalo Dopchie. Son argument principal : " A Louvranges, il ne s'agit pas d'un centre pour réfugiés, insiste-t-il, mais bien d'appartements où les familles vivront de façon autonome. Elles pourront rejoindre Wavre en bus. Quant aux écoles, attendons de voir le nombre et l'âge des enfants, avant de dire qu'il n'y aura pas de place pour eux. "Mais l'opposition n'en démord pas : " Cette venelle est loin de tout, contrairement aux prescrits en la matière qui déconseillent l'installation de réfugiés dans des lieux reculés ", rétorque Yves Noirhomme, le plus farouche opposant, mais aussi le plus proche voisin. Le " comité Louvranges ", auquel il adhère, et qui rassemble le noyau dur des " anti ", regrette qu'aucune instance ne se soit jamais prononcée sur le fond, à savoir l'incidence sur la qualité de vie. " Ces femmes vont drainer une population qui normalement ne viendrait jamais ici, croit savoir le comité. Or il s'agit de femmes fragiles en détresse et nous craignons de les voir poursuivies par des agresseurs potentiels jusqu'à la résidence. " Même la cohabitation entre les camps scouts et enfants du centre inquiète les membres. L'argument ultime pèse lourd : " Qui va vouloir acheter un bien dans les environs immédiats d'un centre de réfugiés ? " se demandent-ils, aussitôt conscients de la portée " bassement matérielle " du propos. La riposte ne s'est pas fait attendre. Avec l'appui des deux religieuses qui vivent encore à Louvranges, une pétition en sens inverse a été lancée : " Traiter avec humanité des femmes en situation de grande précarité doit être compris non seulement comme un honneur pour notre communauté locale, mais aussi comme un geste tout naturel d'hospitalité ", est-il écrit. Plusieurs habitants ont déjà proposé leurs services : traduction, cours, voiturage... Si la commune de Wavre, dont le ministre de la Coopération Charles Michel est le bourgmestre en titre, se montre très prudente sur le fond, c'est moins le cas de Luc Decorte, bourgmestre de la commune voisine de Chaumont-Gistoux. Selon lui, la virulence de certains opposants " est indigne de personnes qui eux-mêmes se réclament d'un certain milieu social et économique ". Malgré les écueils, le projet devrait voir le jour. Wavre, qui avait par deux fois remis un avis défavorable (pour des problèmes d'égouttage), mais auquel la Région wallonne avait décidé de passer outre, s'apprête à donner cette fois son feu vert. Plus rien ne devrait s'opposer au redémarrage du projet. A moins que certains ne s'essaient à un nouveau baroud d'honneur. Ou de déshonneur, c'est selon. François Janne d'Othée