26 MARS 1961, scrutin législatif sous haute tension. La grande grève contre le projet de " loi unique " domine la campagne électorale et hante les esprits. Le PSC-CVP entend frapper fort, par voie d'affiches. Il lance " le complexe de l'autobus ". Message-choc.

Mark Eyskens, 79 ans, CVP, ancien Premier ministre. Conseiller au cabinet des Finances dans les années 1960.
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Mark Eyskens, 79 ans, CVP, ancien Premier ministre. Conseiller au cabinet des Finances dans les années 1960. "En pleine campagne électorale, la direction du CVP-PSC, qui était alors dirigée par Théo Lefèvre, a donné l'ordre de retirer des panneaux électoraux cette affiche, centrée sur le thème de " l'autobus renversé par des grévistes prérévolutionnaires ", et qui faisait grande impression à l'époque. Mon père, Gaston Eyskens, était outré par ce retrait : Premier ministre, il avait été la cible des attaques des socialistes et des syndicats. Par après, il a appris que Théo Lefèvre était en train de négocier dans son dos, entre autres avec le socialiste Paul-Henri Spaak qui était dans l'opposition, une grande coalition chrétienne-socialiste, un gouvernement travailliste. Le PSC-CVP ne voulait pas agresser un futur allié... " Benoît Lutgen, 42 ans, président du CDH depuis septembre 2011." Les techniques et les supports de communication politique ont beaucoup évolué. Ils permettent de diffuser des messages plus nuancés, plus positifs... Sur le fond, oui, il n'est pas inutile de rappeler que la liberté d'expression et le droit de grève ne justifient jamais, en démocratie, le recours à la violence. De même que la liberté d'entreprendre ou de commercer ne justifie pas davantage d'autres formes de violence, comme le harcèlement ou les licenciements abusifs. On observe un décalage entre la représentation quasi mythique et parfois très nostalgique des années 1960 et la réalité sociale, économique, politique, avec des conflits très durs, qui ont marqué durablement notre pays. "Mark Eyskens. "Un bien triste souvenir. Un de nos problèmes communautaires les plus aigus, qui a eu pour conséquence politique la plus directe, la regrettable déchirure au sein de la famille politique sociale-chrétienne. Cette affaire de Louvain a été le détonateur du distanciement du CVP et du PSC qui sont devenus des partis indépendants. Les deux ailes ont fait campagne sur des messages opposés : contre l'expulsion au PSC, pour un Leuven vlaams au CVP. Louvain serait de toute façon devenue trop petite pour accueillir un nombre croissant d'étudiants. Mais ce " Walen buiten " a été la manifestation d'une intolérance tout à fait condamnable, jusqu'à prendre parfois un caractère raciste. Ce qui jusqu'à ce jour, hélas, n'est pas encore concédé par la plupart des dirigeants flamands. "Benoît Lutgen. " L'affaire de Louvain a été très pénible pour ceux qui l'ont vécue de près. Aujourd'hui, l'UCL est solidement implantée à Louvain-la-Neuve et à Bruxelles, elle est reconnue internationalement : elle a su tirer toutes les opportunités de cette rupture douloureuse. Des décisions ont alors été prises qui influencent encore la vie politique d'aujourd'hui. Comme la fixation de la frontière linguistique, qui ne correspond pas ou plus aux réalités sociologiques, mais qui est un des facteurs importants de la situation institutionnelle actuelle. En fait, les années 1960, comme la période actuelle, démontre la nécessité pour les politiques de de ne pas vivre le nez sur le guidon et d'avoir l'avenir pour ligne d'horizon. "