Vous avez appelé de vos v£ux un sommet à Nairobi, mais depuis sa tenue, les armes ont à nouveau crépité entre l'armée congolaise et la rébellion de Laurent Nkunda. Un sommet pour rien ?

Non, ce n'est pas un sommet pour rien, car il a permis aux leaders régionaux de réendosser un certain nombre d'engagements. On verra dans les jours qui viennent si le cessez-le-feu va se confirmer ou non.
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Non, ce n'est pas un sommet pour rien, car il a permis aux leaders régionaux de réendosser un certain nombre d'engagements. On verra dans les jours qui viennent si le cessez-le-feu va se confirmer ou non. En disant cela, on ne règle rien. Car après, qu'est-ce qu'on fait ? La situation était tellement dramatique dans l'est du Congo qu'il fallait absolument créer un élément nouveau : ce fut de réunir tous les chefs d'Etat de la région. Ensuite, il fallait une explication entre Kabila et Kagame, et on y est parvenu. Enfin, ces Etats doivent être mis devant leurs responsabilités, avec à la clé un mécanisme pour vérifier la bonne foi des uns et des autres. Il faut que les anciens présidents du Nigeria et de Tanzanie jouent leur rôle de médiateurs, et prennent contact avec Nkunda. Tout le monde est d'accord pour un renforcement des moyens de la Monuc (Mission des Nations unies au Congo). Ce n'est pas mince. Elle devra être dotée de moyens de surveillance pour suivre les mouvements de troupes et pour voir si les diverses accusations sont justifiées ou non. Pour le moment, c'est le règne de la rumeur. La Monuc doit concentrer une partie de ses moyens sur les endroits d'extraction de ces ressources. En bloquant la sortie de ces produits du pays, on devrait couper les moyens financiers des groupes qui en vivent. Et puis, il faut identifier les commanditaires de ce pillage. Je ne suis pas à la tête de 100 000 soldats européens mobilisables. Malgré le plaidoyer franco-belge dans lequel je peux me retrouver, il n'y a pas de réponse positive autour de la table européenne. Donc la seule manière d'être davantage efficace est de renforcer la Monuc. Les Etats membres veulent d'abord épuiser les ressources diplomatiques. Je suis assez d'accord. On n'a pas encore vraiment négocié avec Nkunda, et on n'a pas encore mobilisé tous les moyens pour régler le problème des FDLR (Hutu rwandais). Résoudre le problème Nkunda ne règle pas tout. Les causes sont plus profondes, elles sont politiques, et il faut y apporter des réponses politiques : les frustrations des uns et des autres, les milices maï-maï, les FDLR, l'armée qui n'a pas les moyens, les ressources naturelles... Facile à dire. Aujourd'hui, les institutions fonctionnent, mais ce n'est pas en quelques mois qu'on peut rétablir une armée républicaine digne de ce nom, et payée régulièrement. La communauté internationale a-t-elle fait tout ce qu'il fallait ? Regardez nos procédures pour l'aide aux pays post-conflit, c'est très compliqué. Quand il faut passer de la promesse à l'acte, ça prend parfois un an, deux ans... et en attendant les moyens manquent pour rétablir les fonctions régaliennes de l'Etat. J'espère que la normalisation va intervenir le plus rapidement possible. La Belgique est quand même un acteur clé. J'ai assisté à l'intervention de Karel De Gucht (ministre des Affaires étrangères) au Conseil, je peux m'inscrire quasi à 100 % dans ce qu'il a dit. J'ai bien senti sa volonté d'aider à la résolution du conflit. Oui, mais il faut parler d'une réalité : autour de la table, il y a 27 pays, mais il n'y a pas une majorité de pays " branchés Afrique "... Entretien : François Janne d'Othée