"Tu ne sais même pas qui est mon père ! " Geneviève Detrooz (nom d'emprunt) plonge son regard dans celui de sa mère lors de leur première confrontation directe sur le sujet, en 2008. Geneviève a alors 66 ans et pressent depuis plus de 60 ans que ses parents ne sont pas qui ils prétendent être. Le tabou, l'incertitude, la frustration qui se sont accumulés durant toutes ces années sont contenus dans cette phrase qu'elle lance à la figure de sa mère. Pour le monde extérieur, cette famille bruxelloise a l'air tout à fait normale : elle se compose des parents Detrooz, de Geneviève et de son (demi-)frère, qui a deux ans de moins qu'elle. Mais Geneviève sent bien qu'un mystère plane. "Je sentais qu'il concernait ma naissance. J'ai longtemps pensé que ma mère n'était pas ma véritable mère parce que j'ai passé les premières années de ma vie, pendant la guerre, chez mes grands-parents à Ostende, alors que ma mère allait travailler à Bruxelles. Mes grands-parents avaient encore eu un enfant sur le tard : un petit garçon qui avait deux ans de plus que moi. Mais pour moi, c'est comme s'il était mon frère et que mes grands-parents étaient mes parents."
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