Des artistes du graffiti, ces agités de la bombe que l'on qualifie de "nés dans la rue", l'histoire de l'art ne retiendra probablement que ceux qui ont réussi à réinventer leur pratique tout en lui conservant une certaine dose de vitalité créatrice liée à l'émulation urbaine. Au panthéon des signatures qui resteront, on gravera volontiers le nom de Jules Dedet Granel (...

Des artistes du graffiti, ces agités de la bombe que l'on qualifie de "nés dans la rue", l'histoire de l'art ne retiendra probablement que ceux qui ont réussi à réinventer leur pratique tout en lui conservant une certaine dose de vitalité créatrice liée à l'émulation urbaine. Au panthéon des signatures qui resteront, on gravera volontiers le nom de Jules Dedet Granel (Paris, 1978), alias L' Atlas, artiste ayant forgé un langage formel propre. A son propos, la critique Sabella Augusto parle très justement d'une "typographie originale" inspirée par les différentes calligraphies du monde que le plasticien a pris le temps d'apprivoiser. A mi- chemin entre la forme et la lettre, le signe et la géométrie, l'oeuvre de L' Atlas captive. On aime son utilisation intensive du gaffer (un ruban adhésif de grande taille utilisé sur les plateaux de cinéma) de couleur blanche. Pour sa nouvelle apparition à Bruxelles, L' Atlas croise son travail avec celui d'un complice depuis plus de vingt ans, Tancrède Perrot (Paris, 1979), mieux connu sous le pseudonyme de Tanc. Ensemble, ils signent une exposition en forme de labyrinthe. Celle-ci a vite fait de faire perdre ses certitudes au visiteur: au petit jeu de qui a fait quoi, il ne manque pas de s'égarer en raison des convergences naturelles des oeuvres respectives. Il est ici question d'effacements, de superpositions, de paysages comme autant de sous-textes, de structures mises à nu, de toiles à quatre mains. Au bout de ces dédales surgit une évidence: celle d'oeuvres impressionnantes de maturité. Les solutions formelles s'avèrent opérantes en dépit de la trame perturbatrice de la collaboration. Et le tout illustre une maestria conférant à ceux qui en sont les dépositaires cette étrange aptitude à regarder le futur dans un rétroviseur.