Quoi de plus expéditif, irréparable et commode que d'éliminer pour de bon un dangereux rival ? Le procédé répugne et remue les consciences. Probablement aussi vieux que l'homme sur terre et que sa soif sans bornes du pouvoir, le crime politique reste une denrée indémodable, une valeur sûre et universelle. Il n'a même pas épargné la Belgique, théâtre de l'assassinat d'un dirigeant communiste, Julien Lahaut, à Seraing en 1950, et d'un leader socialiste, André Cools, à Liège en 1991.
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Quoi de plus expéditif, irréparable et commode que d'éliminer pour de bon un dangereux rival ? Le procédé répugne et remue les consciences. Probablement aussi vieux que l'homme sur terre et que sa soif sans bornes du pouvoir, le crime politique reste une denrée indémodable, une valeur sûre et universelle. Il n'a même pas épargné la Belgique, théâtre de l'assassinat d'un dirigeant communiste, Julien Lahaut, à Seraing en 1950, et d'un leader socialiste, André Cools, à Liège en 1991.On n'a jamais cessé d'assassiner à tour de bras. De prendre pour cibles rois, empereurs, papes, présidents, dictateurs, ou de frapper leurs favoris ou leurs âmes damnées. On liquide par tous les moyens qu'autorisent les progrès techniques dans l'art de tuer : poignard, poison, étranglement au fond d'un donjon ; machine infernale placée en rue sur une charrette puis disposée dans la soute d'un avion ; fusil d'assaut, ceinture explosive. On passe à l'acte pour les mobiles les plus divers : dynastiques, familiaux, religieux, idéologiques, nationalistes. On agit en solo ou en commando.Aucun puissant de ce monde, qu'il soit taxé de monstre ou loué comme un bienfaiteur, n'est à l'abri d'un geste criminel. La hantise d'être frappé peut pousser les moins scrupuleux à prendre brutalement les devants et à verser le sang pour éviter que le leur ne coule. L'histoire regorge de complots étouffés, de cabales démasquées, d'attentats déjoués. Les dirigeants qui en réchappent ne manquent jamais d'en tirer profit pour asseoir ou renforcer le pouvoir qu'on prétendait leur ravir.Mort au tyran. Quatre siècles durant, entre 1400 et 1800, relève l'historien français Georges Minois(1), " l'assassinat politique est intégré à la culture européenne sous le nom de tyrannicide qui lui confère une auréole de respectabilité ". Mais le crime politique vit avec son temps, il se sophistique et s'affiche sans complexe. " Du tyrannicide d'autrefois à l'attentat terroriste moderne, on est passé du meurtre caché et honteux à l'attentat à grand spectacle, du stade artisanal à l'activité organisée. Le tyrannicide frappe un homme, est un geste de défense du sujet exécutant le tyran qui a enfreint une loi fondamentale. L'attentat moderne frappe un système, est un geste d'attaque qui vise davantage un état de fait qu'un personnage qui n'en est que le symbole. "Tuer jusqu'à en mourir. Malheur à celui ou celle qui ratait sa cible ou qui, son forfait accompli, tombait vivant(e) entre les mains du pouvoir frappé à son sommet. Les pires supplices étaient jadis promis aux régicides, sans que cette crainte n'entame leur résolution lorsqu'ils se sentaient appelés par la volonté de Dieu. " Tu ne tueras point " ? On se prend à fermer les yeux sur l'entorse à ce commandement et à regretter l'échec de l'attentat perpétré contre Hitler en juillet 1944 qui aurait pu abréger les souffrances et le martyre de la multitude.Dans ce hors-série exceptionnel, Le Vif/L'Express retrace 150 assassinats et attentats politiques. Réussis ou manqués, ils ont fatalement influé sur le cours de l'histoire. Jusqu'à parfois le modifier radicalement. Pour le meilleur ou pour le pire.