Léon Mignon (1847-1898) s'inspira de l'observation d'après nature d'un taureau français qui, sauvé des abattoirs de la Villette, posait dans un enclos face à son atelier. Le sculpteur liégeois immortalise avec adresse l'animal dans un instant particulièrement intense, renforçant judicieusement ses caractéristiques anatomiques et sa force instinctive. Le bronze - matériau puissant - ne viendra qu'accentuer l'expressivité du sujet. Exposé au Salon de Paris en 1880, l'homme nu à la musculature saillante, bien décidé à retenir le puissant bovidé, reçoit la médaille d'or. Apr...

Léon Mignon (1847-1898) s'inspira de l'observation d'après nature d'un taureau français qui, sauvé des abattoirs de la Villette, posait dans un enclos face à son atelier. Le sculpteur liégeois immortalise avec adresse l'animal dans un instant particulièrement intense, renforçant judicieusement ses caractéristiques anatomiques et sa force instinctive. Le bronze - matériau puissant - ne viendra qu'accentuer l'expressivité du sujet. Exposé au Salon de Paris en 1880, l'homme nu à la musculature saillante, bien décidé à retenir le puissant bovidé, reçoit la médaille d'or. Après avoir suscité l'intérêt du public et de la critique parisienne, le groupe est acheté par la Ville de Liège. Installée en plein centre-ville, au coin du Pont Albert Ier et de l'avenue Rogier, l'£uvre reçut un accueil contrasté. Un parfum de scandale plane autour des parties génitales - de l'homme et de la bête - exposées que certains considèrent comme licencieuses. Le débat fait rage et les journaux ne se privent pas de relayer la polémique. Lors de son installation en 1881, La Gazette de Liège la disait " d'un réalisme révoltant " et prédisait que femmes et enfants " ne pourraient plus passer " avenue Rogier, à cause de sa " polissonnerie ". Mieux ! Lors de l'inauguration le 28 juin 1881, le dompteur - que l'on surnomme " Djôseph " - porte une feuille de vigne en plomb. Au vu des ricanements partagés, les autorités communales se justifient : " C'est provisoire ! On va la lui sculpter en bronze ! " La Belgique se marre ! En juillet 1881, la revue satirique Le Rasoir ne peut résister à la tentation d'ajouter que de partout, on vient " voir en grand ce que Manneken Pis montre en petit à Bruxelles ! " Le bruit court que les attributs proéminents de la bête furent même recouverts de quelques feuilles de vigne. Au final, les cache-sexes - comme les tabous - tombèrent, et ce qui devait rester caché fut définitivement montré ! Sans doute émerveillés par la virilité de la bête, les étudiants liégeois firent du taureau leur mascotte. Ils lui montrèrent maintes fois leur attachement. Pendant la Seconde Guerre mondiale, ils interviennent en cachant l'£uvre, avec la Vierge Delcourt, dans les caves de l'université selon les uns, dans celles de l'Académie royale des Beaux-Arts selon les autres. Ils souhaitaient ainsi préserver les £uvres de l'occupant nazi. Il a dû s'en passer des choses, pendant cette mise en quarantaine souterraine... Aujourd'hui encore, le taureau est le symbole par excellence des étudiants qui lui rendent hommage à la Saint-Toré en repeignant ses attributs en rouge. Une tradition qui, à l'origine, avait été mise en place pour narguer les bourgeois bien-pensants et le clergé austère. Le Dompteur de taureau. Au croisement de l'avenue des Croix du Feu et de l'avenue Rogier, 4000 Liège. La semaine prochaine : Jean de NivellesGwennaëlle GribaumontLa sculpture a suscité la polémique