" On a raison de se révolter! La lutte des classes continue!" C'est sur ces mots, sans rien dévoiler, que s'achève le récit de la vie d'Elise, chanteuse populaire et militante d'extrême gauche, au bout des cent soixante planches qui constituent cet Elise et les nouveaux partisans (1), dernier chef-d'oeuvre graphique du maître Jacques Tardi ( Adèle Blanc-Sec, Nestor Burma, C'était la guerre des tranchées, Le Cri du peuple) et, surtout, autofiction écrite par celle qui est son épouse depuis plus de quarante ans, Dominique Grange. Car cette Elise qui, un soir de mai 68, a décidé de - littéralement - tout lâcher pour le combat militant, d'extrême gauche et en l'espèce maoïste, c'est évidemment elle: une figure de la gauche prolétarienne française, une militante perpétuelle et une "chanteuse à texte" qui, malgré les ratonnades, la prison et les épreuves, n'a jamais - "jamais!" - renoncé au combat des idées et à ses aspirations d'un monde meilleur, délivré du capitalisme dominant.
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" On a raison de se révolter! La lutte des classes continue!" C'est sur ces mots, sans rien dévoiler, que s'achève le récit de la vie d'Elise, chanteuse populaire et militante d'extrême gauche, au bout des cent soixante planches qui constituent cet Elise et les nouveaux partisans (1), dernier chef-d'oeuvre graphique du maître Jacques Tardi ( Adèle Blanc-Sec, Nestor Burma, C'était la guerre des tranchées, Le Cri du peuple) et, surtout, autofiction écrite par celle qui est son épouse depuis plus de quarante ans, Dominique Grange. Car cette Elise qui, un soir de mai 68, a décidé de - littéralement - tout lâcher pour le combat militant, d'extrême gauche et en l'espèce maoïste, c'est évidemment elle: une figure de la gauche prolétarienne française, une militante perpétuelle et une "chanteuse à texte" qui, malgré les ratonnades, la prison et les épreuves, n'a jamais - "jamais!" - renoncé au combat des idées et à ses aspirations d'un monde meilleur, délivré du capitalisme dominant. Depuis des décennies, celle qui a rencontré Tardi dans la rédaction de Charlie partage avec lui ses combats militants et ses chansons "qui sont des armes" par les pochettes de ses disques qu'il illustre, les nouvelles et scénarios qu'elle lui a parfois écrits ou les quelques "livres-disques" qu'ils ont produit ensemble, tel Le Dernier Assaut, il y a trois ans. Ce nouveau récit autobiographique à peine mâtiné de fiction pousse leur collaboration encore un cran plus loin, et laisse cette fois voir sans ambages l'admiration que l'un porte à l'autre. "Nous avons tourné autour de ce projet pendant des années, mais je n'en voyais pas vraiment l'utilité", nous confie la scénariste, autrice et héroïne à peine masquée de ce remarquable Elise. "Jusqu'à ce que j'entende Sarkozy dire qu'il fallait liquider l'héritage de Mai 68! De rage, j'en ai écrit une chanson ( N'effacez pas nos traces), et ça a relancé cette envie de raconter mon parcours et ce qu'a réellement été Mai 68 pour ceux qui l'ont vécu, loin des clichés romantiques ou superficiels qu'on nous ressort à chaque anniversaire. La force de ce mouvement social. Dix millions de travailleurs en grève! Des rencontres et des moments qui ont vraiment changé le cours de mon existence." Son mari l'écoute, mais la reprend de temps en temps, osant se faire plus admiratif qu'elle ne l'est sur son propre parcours: "Pendant des années, des années!, je lui ai dit au détour de nos discussions, de nos engueulades, "Vas-y, raconte, raconte ton histoire. Moi, je la mettrai en images." Je ne suis pas comme elle un militant, j'essaie juste de mettre mes convictions et mes idées dans mon travail. Et ici, c'est quand même l'histoire d'une gamine qui chante, qui joue la comédie, qui a une carrière bien partie, qui vient même de décrocher un petit rôle ("une ligne...", tente de placer Dominique) chez Louis Malle et qui, du jour au lendemain, casse tout ça. Et elle laisse tout tomber pour des motivations entièrement humanistes, tournées vers les autres. Pour des idées! Quel courage!" La principale intéressée ponctue: "Non. Le courage, c'est d'être à la chaîne tous les jours. Mais tous les jours, pendant les six semaines de Mai 68, j'ai pu aller chanter dans des usines en grève et ça a changé complètement mon rapport aux classes. Cette espérance dans une vraie révolution était une incroyable force en mouvement, ça a embarqué toute une génération. Et quand ai-je pris conscience que cette révolution n'arriverait jamais? Jamais!" Pour Elise, Jacques Tardi s'est donc mis au service narratif de la vie abracadabrantesque de son épouse, une vie qui lui valut quelques séjours en prison, de graves blessures physiques et quelques années de véritable clandestinité, comme il l'avait déjà fait avec son père, dans son récent et formidable triptyque Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II-B. Une intimité avec son sujet qui semble donner des ailes graphiques au septuagénaire: il y a dans ce roman graphique plein de furie, de violence parfois crue et de scènes montrant "la sauvagerie ininterrompue des flics français", des scènes d'émeute et de combats qui rappellent presque la violence des tranchées qu'il a tellement dessinées. Un petit goût de la Commune aussi, qu'il avait si bien racontée dans Le Cri du peuple. Et, d'évidence, une profonde admiration pour le parcours et, oui, le courage de cette jeune fille devenue la mère de ses quatre enfants et, d'évidence aussi, une inspiration réciproque de tous les instants, même si la coquetterie de l'une l'empêche de mettre directement son nom sur son autobiographie, et que la timidité un peu rugueuse de l'autre l'oblige peut-être à user des litres d'encre de chine pour faire une déclaration sentimentale à sa femme. "L'amour n'est pas absent de la révolte", nous soufflera Jacques en aparté pendant que Dominique réexpliquait son parcours, ses convictions et cette lutte qu'elle n'arrêtera jamais.