Les intentions louables n'auront pas fait long feu. Voici quelques semaines, les Européens clamaient que l'ère de la déréglementation maximale et de l'Etat minimal, c'était fini. A la fin de septembre, le gouvernement belge avait en partie nationalisé Fortis et Dexia ; de même, le 8 octobre, la Grande-Bretagne avait volé au secours de ses établissements financiers. Le 12, au sommet de l'Eurogroupe, les quinze pays de la zone euro, bientôt rejoints par les autres Etats membres de l'Union, acceptaient de " travailler ensemble " à endiguer le sauve-qui-peut des épargnants et des investisseurs. Chez no...

Les intentions louables n'auront pas fait long feu. Voici quelques semaines, les Européens clamaient que l'ère de la déréglementation maximale et de l'Etat minimal, c'était fini. A la fin de septembre, le gouvernement belge avait en partie nationalisé Fortis et Dexia ; de même, le 8 octobre, la Grande-Bretagne avait volé au secours de ses établissements financiers. Le 12, au sommet de l'Eurogroupe, les quinze pays de la zone euro, bientôt rejoints par les autres Etats membres de l'Union, acceptaient de " travailler ensemble " à endiguer le sauve-qui-peut des épargnants et des investisseurs. Chez nous, une union sacrée s'était formée autour du Premier ministre, Yves Leterme (CD&V), qui semblait, enfin, avoir revêtu les habits d'homme d'Etat. Las. En un week-end, le gouvernement Leterme Ier vient de perdre tout le crédit acquis. Dans Het Laatste Nieuws du 8 novembre, le Premier ministre a, par exemple, proféré des menaces à l'égard des petits actionnaires qui contestent la vente de Fortis à BNP Paribas, estimant que l'Etat a cédé à la panique ( lire en page 18). Ses propos ont résonné comme une intimidation à l'adresse du tribunal du commerce, qui doit se prononcer en référé sur la question. Comme si Leterme se gaussait de la séparation des pouvoirs. Mais ce n'est pas son seul dérapage. Le 9, Leterme avait aussi affirmé, lors de l'émission télévisée néerlandaise Buitenhof, que la Commission européenne était injoignable, lors des négociations pour le sauvetage de Fortis. " Leterme ment ", a répondu Neelie Kroes, le 11 novembre, lors d'un autre programme de la télévision aux Pays-Bas, De wereld draait door. La commissaire européenne à la Concurrence cherche à savoir si Fortis a bénéficié ou non d'une aide d'Etat. On n'a pas compris pourquoi Leterme a refusé de répondre immédiatement à une telle accusation. On distingue également mal les raisons de son mutisme à propos de l'affaire De Gucht. Soupçonné de délit d'initié, le ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht (Open VLD), doit faire l'objet d'une enquête judiciaire : son épouse a vendu 2 000 actions Fortis, le 3 octobre, la veille du démantèlement du groupe et de l'effondrement de l'action. Ces investigations seront longues et complexes. On ne voit pas comment il pourra mener, à la fois, sa défense et ses activités à un poste aussi important que le ministère des Affaires étrangères, alors que la situation est dramatique au Nord-Kivu (Congo). L'illusion aura donc été de courte durée. L'ambitieux chantier qui devait permettre la " refondation " d'un capitalisme fou semble tourner court. La Belgique se montre incapable d'affronter la gravité de la situation. Mais elle n'est peut-être pas la seule. Le 7 novembre, à Bruxelles, les Vingt-Sept ont évité de parler de " gouvernement économique " de la zone euro, un concept rejeté par Berlin. Ils s'en sont tenus à des velléités de " concertation efficace ". Ils préparaient, ce jour-là, le sommet du G20 qui se tiendra le 15 novembre, à Washington. Mais qui en attend encore de grands résultats ?