A chaque fois que l'armée mexicaine attrape un narco et lui confisque son pistolet en diamants, le " musée des Stupéfiants " lui réserve une belle place en vitrine, aux côtés des reliques bling-bling de ses confrères. Alfredo Beltran Leyva, arrêté en 2008, avait un magnifique colt plaqué or. Une splendide selle de cheval, aussi, portant l'inscription " Le roi ". Daniel Perez, alias " El Cachetes " (le Joufflu), passait, lui, ses coups de fil depuis un cellulaire 24 carats incrusté de cailloux chatoyants. D'autres se contentent de fusils AK-47 à crosse de bois précieux, gravés à leurs initiales.
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A chaque fois que l'armée mexicaine attrape un narco et lui confisque son pistolet en diamants, le " musée des Stupéfiants " lui réserve une belle place en vitrine, aux côtés des reliques bling-bling de ses confrères. Alfredo Beltran Leyva, arrêté en 2008, avait un magnifique colt plaqué or. Une splendide selle de cheval, aussi, portant l'inscription " Le roi ". Daniel Perez, alias " El Cachetes " (le Joufflu), passait, lui, ses coups de fil depuis un cellulaire 24 carats incrusté de cailloux chatoyants. D'autres se contentent de fusils AK-47 à crosse de bois précieux, gravés à leurs initiales. A Mexico, ce musée créé par l'armée en 1985 offre un aperçu du monde des narcos, leur pompe et leurs £uvres. Fermé au public, il est réservé aux officiels et à la presse. Dans un pays gangrené par une violence aveugle, ce mausolée vante les bénéfices, très discutés, de la lutte contre les cartels menée par le président, Felipe Calderon, au pouvoir depuis décembre 2006, qui a déployé 50 000 militaires sur le front de la drogue. A l'entrée du musée, une immense plaque de marbre rend hommage à tous ces soldats morts au combat depuis 1976 : 690. La suite est un voyage didactique dans les arcanes de la production de marijuana et d'amapola - la plante à l'origine de la morphine et de l'héroïne - qui a rendu si célèbre le " triangle d'or " mexicain, à l'intersection des Etats de Sinaloa, Chihuahua et Durango. L'ironie de l'histoire, c'est qu'au départ cette culture fut encouragée par un accord entre les gouvernements mexicain et américain, car les Etats-Unis cherchaient de la morphine pour leurs soldats blessés lors de la Seconde Guerre mondiale. Ensuite, la production a continué de manière clandestine, les rapatriés du front étant devenus addict. Les années 1970 et le mouvement hippie ont fait le reste. Dans le même temps, les premiers avions remplis de coke colombienne arrivaient dans le Sinaloa, le berceau des plus grands capos actuels d'Amérique latine. Le business planétaire était lancé. Depuis, les narcos n'ont cessé de déployer des trésors d'inventivité afin d'améliorer leur productivité, comme installer leurs laboratoires de métamphétamines au creux des montagnes ou cultiver de l'amapola génétiquement modifiée. Et déjouer les opérations d'éradication menées par l'armée en dissimulant leurs plants dans des serres ou en les camouflant au milieu du maïs. " Messieurs les soldats, nous vous supplions de nous laisser faire notre travail. Faisons un traité. " C'est la supplique griffonnée par un paysan sur un drap exposé au musée de Mexico. Il recouvrait sa plantation sur une pente de la sierra, à l'intention des hélicoptères de l'armée. Les militaires, c'est connu, ne refusent pas toujours de trouver des arrangements. " Or le musée a aussi pour vocation de réduire les niveaux de corruption ", martèle l'agent en charge de la visite. Une fois la came mitonnée, encore faut-il la faire passer sur le marché américain, le principal débouché. Et, là encore, l'imagination des trafiquants, dotés, outre de leurs flingues de joailliers, d'armes de guerre antiblindage et de lance-missiles, ne manque pas. Des tunnels creusés sous la frontière aux sous-marins affrétés pour convoyer la coke, la fin justifie les moyens. Sans parler des chargements planqués dans des cargaisons d'amphores, de noix de coco, dans les roues des camionsà Une femme s'est même fait prendre avec 4 kilos d'héroïne dans des prothèses de fesses. Bref, si le gouvernement mexicain met en avant ses coups de filet et son bilan, les narcos n'ont pas tiré leur dernière cartouche. Delphine Saubaber, avec LÉonore Mahieux