Du pays de Galles à la Lorraine, du Nord à la Ruhr, du Limbourg à Liège et au Hainaut, les terrils ponctuent le paysage. Le passant occasionnel y voit les vestiges d'une gloire industrielle révolue, de poussiéreux résidus de minerais, des témoins pesants du labeur des dernières gueules noires, et parfois un monument funéraire démesuré à la mémoire de ceux qui ont laissé la vie au fond du puits...
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Du pays de Galles à la Lorraine, du Nord à la Ruhr, du Limbourg à Liège et au Hainaut, les terrils ponctuent le paysage. Le passant occasionnel y voit les vestiges d'une gloire industrielle révolue, de poussiéreux résidus de minerais, des témoins pesants du labeur des dernières gueules noires, et parfois un monument funéraire démesuré à la mémoire de ceux qui ont laissé la vie au fond du puits... Il y a pourtant, au c£ur du pays de Charleroi et au pied de ces collines - certains évoquent " la seule chaîne de montagnes au monde construite par l'homme " - des femmes et des hommes qui n'hésitent pas à se promener le nez en l'air, à tourner leur regard vers les sommets et à y accrocher quelques-uns de leurs rêves. Comme Martine Piret, responsable des anciens sites miniers, dont une trentaine de terrils, auprès du service de l'Aménagement du territoire de la Ville de Charleroi. " Le noir est une superbe couleur, dit-elle. On peut le faire briller comme du diamant. "" La nuit, j'ouvre grandes les fenêtres et j'entends chanter les crapauds ", embraie Anne Fraeys, dont la maison est adossée à un terril. L'un des membres actifs du Comité de défense des terrils du Martinet, Jacques Coupez, assure qu'avec le temps la nature reprend ses droits : au bout de trente ou quarante ans, la verdure revient. Le terril de son quartier est devenu une oasis de verdure à laquelle les habitants se sont attachés. Elle représente même une plus-value sur le marché de l'immobilier. Lorsque, dans les années 1970, il a été question de réexploiter ces monts pour y récupérer les résidus de charbon, les habitants du quartier se sont mobilisés pour réclamer au gouvernement wallon le maintien de " leur " terril. Le site abrite aujourd'hui plus de 500 espèces végétales, plus de 70 sortes de champignons et nombre de variétés d'oiseaux. Venus de plusieurs universités du pays, des chercheurs accourent pour tirer les leçons scientifiques d'une renaissance de la nature dans un milieu pourtant réputé hostile, sur un sol ingrat. Depuis peu, la gestion des terrils du Martinet a été confiée au Département Nature et Forêt (DNF) de la Région wallonne, attestant cette volonté nouvelle de considérer de plus en plus ces monticules comme d'authentiques réserves naturelles. L'emblématique terril du Martinet peut s'enorgueillir d'un autre acte pionnier. " Après l'époque des charbonnages, celle des réexploitations des années 1980, nous voilà à l'heure du développement durable ", affirme Martine Piret. Avec 4 millions d'euros de subsides octroyés d'ici à 2011 par le Service public wallon dans le cadre des sites à réhabiliter (SAR), la moitié des 54 hectares du site - deux terrils, l'ancien centre triage-lavoir du charbon et les fosses, soit la partie des vestiges industriels qui n'a pas été confiée au DNF - seront dans un premier temps sécurisés afin que les infrastructures industrielles vieillies ne provoquent pas d'accident. On y construira dans la foulée un centre de recherche sur le développement durable, un Centre d'éducation et de formation en alternance (CEFA) aux métiers de l'environnement, un centre d'interprétation de la nature spécialisé dans les écosystèmes particuliers que sont les terrils, ainsi qu'un écoquartier constitué de maisons passives. Une des deux fermes installées sur le site devrait également héberger des classes vertes. " Ce sera un centre d'excellence et de connaissances sur la construction écologiquement responsable ", s'enorgueillit Jacques Coupez. Ce projet phare s'appuie aussi sur une réjouissante mobilisation citoyenne. L'exemple du site du Martinet a donné des idées à d'autres. Coordinatrice de l'Espace citoyen, un service d'action des quartiers dépendant du CPAS de Charleroi, Isabelle Van Sevenant a pris note de la grande demande d'espaces verts exprimée par les habitants du quartier de La Docherie, au pied du terril de Bayemont. Ceux-ci veulent préserver ce site qui abrite entre autres un étang et qui offre en son sommet une vue imprenable sur le bassin de Charleroi. Ils souhaitent que le lieu, où la nature a repris ses droits, soit transformé en un espace vert et tranquille pour abriter les jeux de leurs enfants. Mais, avant de pouvoir garantir l'avenir de l'endroit, des problèmes juridiques, portant entre autres sur la propriété du terril, doivent être surmontés. Cette mobilisation est l'illustration du vent nouveau qui souffle sur les sommets de Charleroi. " La ville découvre petit à petit une richesse qu'elle ne soupçonnait pas ", explique Martine Piret. Mais elle reste lucide : si les attentes qui naissent au sein de la population sont grandes, les obstacles pour revaloriser à grande échelle les 30 terrils de la ville demeurent " pharaoniques ". Aussi avance-t-elle pas à pas pour faire reconnaître leur valeur. " De cette manière, on va plus loin ", poursuit-elle. Cette image des petits pas convient particulièrement bien à cette paysagiste de formation. Martine Piret assume également la responsabilité des RAVeL (Réseau Autonome de Voies Lentes) de Charleroi. Sur le réseau particulièrement dense des anciennes voies de chemin de fer, 16 kilomètres de sentiers ont déjà été établis et 20 autres sont en cours de finalisation. " Ces voies sont très importantes en tant que maillage vert entre les terrils. Il s'agit d'autant de couloirs de biodiversité qui doivent aider la nature à reconquérir la ville ", explique-t-elle. Voilà donc les terrils qui non seulement se transforment en poumons verts de la cité industrielle, mais qui se donnent également des petits airs d'espaces de détente. Anne Fraeys cite comme exemple le " Ranch du Terril " de Marchienne-Docherie, dont elle a été la présidente. On y pratique la randonnée à cheval à travers les collines environnantes. Chevaucher dans la montagne permet également à des jeunes défavorisés du quartier de se reconstruire en cherchant l'équilibre sur le dos de leur monture. G.d.H.