Cela vous est certainement déjà arrivé : vous décelez une tache suspecte sur votre peau, vous souffrez d'une toux persistante, d'une légère douleur dans la poitrine... et vous commencez à vous poser des questions. Vous entrez vos symptômes dans un moteur de recherche et pour le coup, vous devenez carrément inquiet. " Tout le monde a déjà eu peur d'être atteint d'une maladie grave ", rassure le Dr Lili De Vooght, psychiatre et superviseur de la Mind-Body Unit (MBU) de l'Universitair Psychiatrisch Centrum, Gasthuisberg - KU Leuven. " Cette inquiétude surgit notamment quand on connait dans son entourage une personne gravement malade. Vous avez tout à coup l'impression de ressentir des symptômes similaires. C'est un phénomène classique également chez les étudiants en médecine : en étudiant les divers syndromes, ils pensent régulièrement être atteints de l'une ou l'autre affection. Cette crainte est généralement passagère. S'ils attendent un peu, les symptômes disparaissent. Au pire, consulter son médecin sera rassurant. "
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Cela vous est certainement déjà arrivé : vous décelez une tache suspecte sur votre peau, vous souffrez d'une toux persistante, d'une légère douleur dans la poitrine... et vous commencez à vous poser des questions. Vous entrez vos symptômes dans un moteur de recherche et pour le coup, vous devenez carrément inquiet. " Tout le monde a déjà eu peur d'être atteint d'une maladie grave ", rassure le Dr Lili De Vooght, psychiatre et superviseur de la Mind-Body Unit (MBU) de l'Universitair Psychiatrisch Centrum, Gasthuisberg - KU Leuven. " Cette inquiétude surgit notamment quand on connait dans son entourage une personne gravement malade. Vous avez tout à coup l'impression de ressentir des symptômes similaires. C'est un phénomène classique également chez les étudiants en médecine : en étudiant les divers syndromes, ils pensent régulièrement être atteints de l'une ou l'autre affection. Cette crainte est généralement passagère. S'ils attendent un peu, les symptômes disparaissent. Au pire, consulter son médecin sera rassurant. " C'est là que réside la différence entre une peur " normale " de la maladie, que chacun éprouve un jour ou l'autre, et l'hypocondrie. Le fait que le médecin ne constate pas d'anomalies ou que les examens ne révèlent rien ne va nullement soulager ou rassurer la personne hypocondriaque. Elle va rapidement être à nouveau assaillie de doutes et d'angoisses : le médecin est sûrement passé à côté de quelque chose de grave ou alors il ne connait pas la maladie, mieux vaut s'adresser à quelqu'un d'autre. " On parle d'hypocondrie lorsque plusieurs conditions sont réunies, explique Lili De Vooght. Le patient émet des plaintes subjectives, telles que douleurs ou malaises, qui ne sont pas confirmées objectivement. Ces plaintes sont aussi bien excessives que disproportionnées. Elles absorbent donc beaucoup d'attention et d'énergie, au point de 'rétrécir' la vie du patient. Autre condition importante : cette préoccupation excessive dure plus de six mois. " Dans la précédente version du DSM, le système de classification des troubles mentaux utilisé dans le monde entier, l'hypocondrie est encore décrite en détail. Dans la nouvelle version, le DSM-V, ce diagnostic n'apparait plus : il a été remplacé par un " trouble de symptôme somatique ". Une bonne chose, selon Lili De Vooght : " Ce nouveau concept rend mieux compte de la complexité du corps et de l'esprit. Auparavant, l'accent était mis sur l'absence d'explication médicale aux plaintes physiques, ce qui ouvrait la voie à des connotations négatives : la personne cherchait à attirer l'attention, à se faire remarquer. L'hypocondrie, c'était dans la tête. Concernant l'expression 'trouble de symptôme somatique', l'important n'est pas de savoir si les symptômes correspondent ou non à une maladie physique. Ce que nous regardons en premier lieu, c'est le fait que le patient ne peut plus fonctionner. L'accent réside sur ses pensées, ses sentiments et ses comportements, qui sont tellement concentrés sur les symptômes que cela a un énorme impact sur sa qualité de vie. " Lorsque des patients débarquent dans la Mind-Body Unit, ils n'ont pas besoin d'apporter leur dossier médical pour prouver qu'ils ont besoin d'aide, comme le confirme Lili De Vooght : " Nous écoutons le parcours du patient sans remettre en cause les diagnostics. S'il nous dit qu'il y a quelque chose, c'est qu'il y a quelque chose. S'il dit qu'il souffre, c'est qu'il souffre. Nous nous posons alors la question : comment se fait-il que quelque chose dans le corps de cette personne demande une attention si excessive et disproportionnée ? " Comment devient-on hypocondriaque ? Difficile à dire. Certains aléas de la vie peuvent jouer un rôle. Le fait d'avoir vécu enfant une grave maladie, d'avoir vu souffrir ou mourir un proche, peut faire en sorte que certaines sensations physiques restent particulièrement angoissantes. " L'élan de vie peut avoir été rompu par certaines circonstances, confirme Lili De Vooght. Ado, vous avez été victime d'un accident qui vous empêche de faire du sport avec vos amis, votre copine vous fait faux bond et votre père perd son emploi, ce qui plonge la famille dans les problèmes financiers. Ce genre de coïncidences suscite une vulnérabilité accrue. " Les personnes présentant le syndrome hypocondriaque peuvent en souffrir énormément. Il affecte non seulement la relation avec le partenaire mais toutes les relations sociales. Les malades finissent isolés, car l'entourage a de plus en plus de mal à supporter leurs plaintes et pensées négatives continuelles. Cela engendre à son tour des frustrations, de la peine et de l'amertume, l'impression de ne pas être entendu. Au travail, absences ou incapacités régulières peuvent poser des problèmes. La concentration et l'attention sont perturbées. Les hypocondriaques évitent de plus en plus fréquemment les hobbies et les efforts physiques. Les personnes hypocondriaques consultent le médecin pour toutes sortes de plaintes et de symptômes. " Certaines évoquent des maux de ventre et de la fatigue, d'autres souffrent de crampes, de contractions musculaires, parfois même de paralysies, d'autres encore de vertiges et d'évanouissement. Quelles que soient les plaintes, nous ne les mettons pas en doute. Nous examinons l'état général et le moral du patient, nous sommes attentifs à d'éventuels signes de dépression. Mais nous regardons surtout si la personne est capable, avec nous, l'équipe thérapeutique, d'emprunter une voie parallèle. Nous examinons comment elle pourrait, en dépit des plaintes, améliorer sa qualité de vie. Comment apprendre à se détendre, développer sa condition physique, mieux dormir. Comment rétablir des relations sociales. Comment ouvrir une brèche dans le cercle vicieux où elle est enfermée, comment faire pour qu'elle s'intéresse à nouveau à d'autres choses et profite de la vie. Nous proposons ici une thérapie de groupe, où des pistes sont cherchées par le biais de la parole. L'exercice physique et les activités créatives peuvent aussi contribuer à sortir la personne de la spirale des pensées négatives et l'aider à s'émerveiller à nouveau. " Partenaire, membres de la famille et amis sont impliqués au maximum dans le traitement. Le Dr De Vooght a ce bon conseil à leur intention : " Essayez de ne pas continuellement rassurer votre partenaire ou le distraire de ses pensées. Cela ne marche pas en général et il se sentira encore moins compris. Vous-même serez déçu, avec un sentiment d'impuissance parce que vos efforts ne mènent à rien. Mieux vaut veiller à ouvrir une voie parallèle. Allez vous balader ensemble dans la nature, visitez une exposition, écoutez de la musique. Montrez le plaisir que vous en éprouvez, de sorte que l'autre reprenne contact, par votre intermédiaire, avec sa propre capacité à profiter de la vie et à retrouver le goût d'apprécier certaines choses. "