Notre situation économique semble esquivée dans les négociations prégouvernementales. Officiellement, seul Yves Leterme, toujours Premier ministre, a estimé que la croissance belge devrait normalement continuer à signer de belles performances dans les prochains mois. Elle est toujours pronostiquée à 1,3 % par la Banque nationale pour 2010. Au deuxième trimestre, elle s'est établie à 0,7 %. Pour le reste, personne n'ose s'aventurer sur ce délicat sujet et les négociateurs tablent toujours sur le besoin de 25 milliards d'euros pour retrouver un déficit public de 3 %, réclamé par l'Europe, d'ici à 2015.
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Notre situation économique semble esquivée dans les négociations prégouvernementales. Officiellement, seul Yves Leterme, toujours Premier ministre, a estimé que la croissance belge devrait normalement continuer à signer de belles performances dans les prochains mois. Elle est toujours pronostiquée à 1,3 % par la Banque nationale pour 2010. Au deuxième trimestre, elle s'est établie à 0,7 %. Pour le reste, personne n'ose s'aventurer sur ce délicat sujet et les négociateurs tablent toujours sur le besoin de 25 milliards d'euros pour retrouver un déficit public de 3 %, réclamé par l'Europe, d'ici à 2015. De leur côté, nos voisins font leurs comptes. La France a revu son objectif de croissance pour 2011, l'abaissant de 2,5 % à 2 %. Un ajustement qui remet en question les efforts à consentir pour ramener le déficit public sous la barre des 3 % d'ici à 2013, comme prévu par le gouvernement Fillon. La France prévoit de ramener le déficit de 8 % cette année à 6 % l'an prochain. Les dernières prévisions ne remettent pas ce programme en question ; des mesures budgétaires supplémentaires (10 milliards d'euros au moins) seront prises afin de respecter les engagements. Ce constat français est une des caractéristiques de la reprise amorcée ces derniers mois. L'Europe la vit en ordre dispersé et les pays membres n'y répondent pas de la même manière. Le gouvernement espagnol, par exemple, a gelé les grands programmes d'infrastructures prévus, afin de limiter le déficit public. L'électricité photovoltaïque et l'éolien sont touchés tout comme... 200 projets d'infrastructures mis en attente pour un à quatre ans. La Belgique n'en est pas encore là. Elle se trouve pratiquement au même niveau que la France en termes de reprise au deuxième trimestre (0,6 % pour Paris), mais elle se trouve loin de l'Allemagne (+ 2,2 % sur la période), tout en étant au-dessus de pays comme l'Italie et l'Espagne (où l'on prévoit encore un recul de 0,3 % du PIB en 2010). Or un décrochage de l'économie belge vis-à-vis d'un de ses principaux partenaires commerciaux peut avoir des conséquences néfastes. Néanmoins, notre économie étant surtout basée sur des produits intermédiaires, les entreprises pourraient bénéficier du rebond de la demande allemande, pour autant que celle-ci se confirme. Parmi les composantes du PIB belge, trois des principaux piliers (chômage, investissements des entreprises et commerce inter-national) ont été affectés par la crise. Seules les dépenses de l'Etat ont joué pour en réduire les effets. Mais l'Etat ne peut plus soutenir l'économie dans les mêmes proportions, sous peine d'aggraver le déficit public. C'est donc du secteur privé que doit venir l'embellie mais, actuellement, la reprise cherche un deuxième souffle, reconnaît Oscar Bernal, économiste chez ING Belgique. Tant que les pays émergents - vers lesquels l'Allemagne réalise plus de la moitié de ses exportations - continuent à investir massivement, nos entreprises devraient bénéficier du mouvement. On peut dès lors supputer qu'elles vont également relancer des programmes d'investissement, avec des effets positifs sur l'emploi et la consommation des ménages. Actuellement, le taux de chômage ne bouge guère, dans la mesure où les entreprises reprennent à temps plein du personnel mis en chômage temporaire. Ce qui explique également que la consommation des ménages reste assez faible, ceux-ci préférant miser sur une épargne de précaution. Quant aux taux d'intérêt, actuellement au plus bas, ils ne devraient pas augmenter sensiblement. Deux facteurs pourraient principalement les affecter : si la prime de risque devait augmenter en raison des difficultés de l'Etat à rembourser sa dette ou si la crainte d'une inflation future nécessite d'offrir une prime à l'investisseur. Contrairement au passé, les pays de la zone euro ne peuvent plus faire tourner la planche à billets pour réduire leurs déficits. La Banque centrale européenne mène une politique très orthodoxe en la matière : elle n'entend pas financer la dette des Etats membres. L'avantage de la Belgique, par rapport à des pays comme la Grèce ou l'Espagne, est qu'elle a déjà montré par le passé sa capacité à tenir ses engagements. Les craintes de poussée inflationniste pourraient provenir d'une surchauffe de l'économie (ce qui ne paraît pas envisageable actuellement) ou d'une inflation importée (prix des matières premières actuellement sous pression). A l'heure de faire ses comptes, notre pays n'a pas le choix : c'est une politique d'austérité - du moins de rigueur - qui devra être menée dans un avenir proche. Les dépenses de l'Etat vont devoir être contrôlées strictement tandis que tous les regards se tournent vers la reprise de l'activité du secteur privé. " Nous sommes à la croisée des chemins. Le scénario d'une croissance très légère, ce qui est évidemment dommageable pour le pouvoir d'achat et l'emploi, est le plus plausible ", explique encore Oscar Bernal. DIDIER GROGNa" Le rebond apparaît plus fort qu'il ne l'est vraiment "