Puisqu'on insiste, eh bien, d'accord, E. P. va nous dire comment il se sent, en ce début de quinquennat " hollandais ". " Ec£uré. En France, dès que vous avez un peu de fric et une Porsche, vous passez pour un salaud ! Et si en plus vous ajoutez une Bentley, des voyages au bout du monde, des fiestas au champagne et des parties de chasse, là, c'est votre fête. " Ec£uré, E. P., au point de sortir de l'extrême réserve habituelle chez ses compagnons de fortune. Depuis l'élection de François Hollande, pas un jour sans qu'on lui rebatte les oreilles avec la nouvelle tranche d'imposition à 75 % annoncée par le président socialiste - un gourdin qui devrait s'abattre sur les revenus dépassant le million d'euros annuels dès la prochaine session parlementaire de juillet. Riche idée, tiens ! " A vrai dire, Hollande n'est pas le seul à nous tomber dessus, reprend ce grand patron d'une juteuse entreprise de distribution. Durant toute la campagne, à droite comme à gauche, les candidats n'ont pas arrêté de taper sur les grosses fortunes. Tout ça, c'est de la démagogie. Moi, je n'ai volé personne. Ma boîte, je l'ai reprise avec 40 salariés ; maintenant, ils sont 200. Si j'ai de l'argent, c'est parce que je m'arrache : je suis au bureau dès 7 heures, je vais à l'étranger chaque semaineà Ah, bien sûr, on peut tout bloquer : les salaires, l'essence, le prix du painà Mais ça, ça donne l'URSS. Pour créer de la croissance, la solution, ce ne sont pas les impôts, c'est le travail. "
...

Puisqu'on insiste, eh bien, d'accord, E. P. va nous dire comment il se sent, en ce début de quinquennat " hollandais ". " Ec£uré. En France, dès que vous avez un peu de fric et une Porsche, vous passez pour un salaud ! Et si en plus vous ajoutez une Bentley, des voyages au bout du monde, des fiestas au champagne et des parties de chasse, là, c'est votre fête. " Ec£uré, E. P., au point de sortir de l'extrême réserve habituelle chez ses compagnons de fortune. Depuis l'élection de François Hollande, pas un jour sans qu'on lui rebatte les oreilles avec la nouvelle tranche d'imposition à 75 % annoncée par le président socialiste - un gourdin qui devrait s'abattre sur les revenus dépassant le million d'euros annuels dès la prochaine session parlementaire de juillet. Riche idée, tiens ! " A vrai dire, Hollande n'est pas le seul à nous tomber dessus, reprend ce grand patron d'une juteuse entreprise de distribution. Durant toute la campagne, à droite comme à gauche, les candidats n'ont pas arrêté de taper sur les grosses fortunes. Tout ça, c'est de la démagogie. Moi, je n'ai volé personne. Ma boîte, je l'ai reprise avec 40 salariés ; maintenant, ils sont 200. Si j'ai de l'argent, c'est parce que je m'arrache : je suis au bureau dès 7 heures, je vais à l'étranger chaque semaineà Ah, bien sûr, on peut tout bloquer : les salaires, l'essence, le prix du painà Mais ça, ça donne l'URSS. Pour créer de la croissance, la solution, ce ne sont pas les impôts, c'est le travail. "Un gros ras-le-bol, de la colère, une certaine appréhension : l'humeur des riches est à l'orage en ces temps d'alternance élyséenne. Ils s'agitent, menacent de partir à l'étranger, passent coup de fil sur coup de fil à leurs gestionnaires de fortuneà Les uns préparent vraiment leurs valises Hermès, les autres convoquent le notaire de la famille les jours fériés pour céder leurs vieilles pierres aux enfants, vite, avant que ne s'abatte le couperet fiscal sur les donations. " Aujourd'hui, mes clients sont déboussolés, ils ne s'y retrouvent plus devant l'inflation de textes, témoigne une gestionnaire de patrimoine parisienne. Moi qui exerce une profession très rationnelle, j'ai l'impression de me transformer en cartomancienne pour faire du SOS fiscal ! "" Une page se tourne ", constateront les plus compatissants. " La fête est finie ", applaudiront les mélenchonistes et autres démolisseurs du " mur de l'argent ". Les grands patrons du privé s'attirent la vindicte populaire avec leurs salaires ; ceux du public s'apprêtent à faire ceinture, avec le plafonnement de leurs émoluments annoncé par François Hollande. Fini, aussi, les largesses fiscales de l'Etat - des " cadeaux " chiffrés à 150 milliards d'euros pour les dix dernières années par l'économiste de gauche Thomas Piketty (Pour une révolution fiscale, Seuil). Nicolas Sarkozy lui-même avait déjà frappé, en défaisant une partie de son bouclier fiscal à la fin de son quinquennat. Les riches râlent ? Ce n'est pourtant pas leur premier retournement de conjoncture. Sans remonter jusqu'à la Révolution française et à sa chasse aux aristos nantis, ils ont déjà vécu d'autres moments difficiles, comme sous les Trente Glorieuses, période de forte hausse des prélèvements obligatoires. Mais voilà : " Le contexte était très différent, remarque le journaliste Thierry Pech, qui a publié Le Temps des riches (Seuil). La France connaissait une croissance forte, une bonne redistribution des richesses. A l'époque, on pouvait rapidement devenir plus riche que ses parents. "Un autre monde. Aujourd'hui, la crise étant ce qu'elle est - un goulet d'étranglement interminable, insupportable -, les plus privilégiés de l'Hexagone sont sommés, ici comme ailleurs, de participer à l'effort de redressement du pays. " Cette pression crée peut-être du ressentiment, mais le débat ne doit pas se placer sur le plan psychologique, ajoute Thierry Pech. La question est de savoir s'il est moral ou non de faire peser une partie de l'effort sur ceux qui ont les plus gros moyens. " Haro, donc, sur ces nababs qui semblent superbement snober les 99 % restants de leurs compatriotes. L'ancien haut-commissaire aux Solidarités, Martin Hirsch, réclame une bonne et franche taxation des hauts revenus ; les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon dégoupillent leur grenade best-seller, Le Président des riches (La Découverte) - " Sous Sarkozy, on est passé de la lutte des classes à la guerre des classes ", harangue la plume féminine du duo. Même la Cour des comptes leur donne raison : dans son rapport 2011, les ultrafavorisés, souligne-t-elle, paient proportionnellement moins d'impôts que le reste de la population, grâce aux niches fiscales et à la faible taxation du patrimoine. Embarrassant. Surtout que les très riches, chiffres de l'Insee à l'appui, sont devenus ces dernières années encore plus riches. Entre 2004 et 2008, alors que la population française a augmenté d'un peu moins de 3 %, le nombre de personnes déclarant plus 100 000 euros de revenus annuels a bondi de 33 %, passant de 331 000 à 440 000. Ici grand patron du CAC 40, là cardiologue coté ou imperator industriel à la Bernard Arnault (première fortune de France, d'après le palmarès 2011 du magazine Forbes), le Français doré sur tranche peut tout aussi bien s'incarner dans un Hugo Lloris à 4,5 millions d'euros annuels - le salaire du joueur à l'Olympique lyonnais - que dans une Nadine de Rothschild aux chaumières de milliardaire. Mais tout n'est pas si simple, comme le fait remarquer Monique Pinçon-Charlot. " On peut ne pas avoir de revenus très élevés et malgré tout appartenir à l'aristocratie de l'argent, parce qu'on fait partie de la grande confrérie des familles qui tiennent les rênes de l'économie, de la politique et des médias par leurs réseaux. " Le patrimoine - immobilier, financier et culturel - en dit souvent plus long que la feuille de paie. D'ailleurs, à partir de quand est-on riche ? 6 000 euros net mensuels, répondent les Français (sondage BVA pour Challenges, juillet 2011). François Hollande, lui, avait lâché un peu vite la somme de 4 000 euros net environ, voilà cinq ans, suscitant une volée de réactions. Selon l'Insee, 1 % des Français sont considérés comme des très hauts revenus : ils déclarent 88 200 euros (net des principaux impôts) par an pour une personne seule, soit 7 350 euros par mois. " Il y a deux catégories de riches, décrypte avec malice l'un de ces privilégiés : le rentier, qui vit de son patrimoine, et le rentable, qui contribue à la richesse du pays en montant son entreprise et en créant des emplois. Le premier a gagné énormément d'argent grâce à l'envol de l'immobilier - la pierre, c'est la terre à la ville, dit-il souvent. Le second a été affecté par les aléas boursiers. Toutefois, le rentable n'a pas nécessairement de ranc£ur à l'égard du rentier : il vit dans le même monde et ne souhaite souvent qu'une chose : voir ses enfants devenir, à leur tour, des rentiers ! "D'après nos informations, le baron de F. se situe dans la première catégorie. Des années à tempêter contre cet ISF infâmeà Pour cet héritier, propriétaire d'un château médiéval et d'un immense appartement dans le XVIe arrondissement parisien, l'élection de François Hollande fut la " goutte de trop ". Dès le lendemain des résultats, l'aristocrate quadragénaire inscrivait sa descendance au lycée français de Bruxelles. Tentait, du moins. " Il y a près de 1 000 noms sur la liste d'attente ", soupire-t-il. Partir ? C'est l'une des options de ces super-riches, et ils ne s'en privent pas. Environ 800 contribuables soumis à l'ISF se sont exilés l'an dernier, d'après les estimations de Bercy, plus du double des chiffres habituels. En 1981, l'élection de Mitterrand avait également soulevé une vague de déménagements précipités. Les François de gauche seraient-ils la malédiction des riches ? " Il y a trente ans, les gens pliaient bagage avec l'idée de pouvoir travailler dans de meilleures conditions, se souvient l'avocate Eve O. Là, ils sont plus dans la fuite. "En Suisse, en Belgique, en Grande-Bretagne, les professionnels de l'immobilier voient débarquer des industriels, des pionniers de l'Internet, des as de la pubà " Les Français ont peur de ce qui peut leur arriver avec Hollande ", atteste un agent immobilier à Bruxelles - bien que le mouvement ait déjà commencé sous Nicolas Sarkozy. Le dernier chic en Suisse ? Choisir des établissements financiers perdus dans les montages du canton du Jura. Plus prudent, depuis que les grandes banques ont sacrifié le sacro-saint secret bancaire sur l'autel de la guerre antifraude. Certains avaient anticipé. Les C., par exemple, châtelains à l'aube de la retraite, ont convaincu leur fils unique, leur belle-fille et leurs petits-enfants de venir s'installer avec eux à Bruxelles, dès 2009, pour leur transmettre quelques pépites immobilières à moindres frais et échapper aux droits de succession. Trois ans plus tard, les voilà de retour. Allégés, mais désormais exemptés d'ISF. Au bout du compte, ceux qui partent prennent aussi et surtout leur décision parce qu'" ils ne supportent plus l'ambiance de chasse aux sorcières ", constate un agent immobilier du chiquissime VIIe arrondissement parisien, dont l'un des clients déménage ces jours-ci à Genève avec sa femme, ses enfants età la grand-mère, fidèle du Champ-de-Mars depuis cinquante ans. Ceux qui restent, la majorité, n'ont d'autre choix que d'attendre pour savoir à quelle sauce - piquante - le gouvernement va les accommoder. Plus que jamais, ils cultivent l'" entre-soi " cossu. Avec une consolation : les £uvres d'art, les voitures de collection et les propriétés viticoles, toutes exonérées de l'impôt sur la fortune, ne semblent pas avoir attiré l'£il de François Hollande. Pas encore. CLAIRE CHARTIER, JULIE JOLY, VALÉRIE LION ET CORINNE SCEMAMALes grosses fortunes de l'Hexagone sont sommées de participer à l'effort de redressement Le Français doré sur tranche peut tout aussi bien s'incarner dans un Hugo Lloris que dans une Nadine de Rothschild Plus que jamais, ceux qui restent - la majorité - cultivent " l'entre-soi " cossu. Avec une consolation : les £uvres d'art, les voitures de collection et les propriétés viticoles...