Le principe semble acquis. Seule la date fait encore débat. Elle sera choisie avec soin, pour ne pas interférer avec le calendrier politique de la rentrée : le ministre français du Travail, Eric Woerth, devrait être de nouveau entendu dans le cadre de l'" affaire Bettencourt ". Selon nos informations, le procureur de Nanterre (Hauts-de-Seine), Philippe Courroye, et les policiers de la Brigade financière disposent en effet d'un nouvel élément qui pourrait le mettre en difficulté : une lettre confidentielle signée de sa main et adressée à Nicolas Sarkozy en mars 2007, alors qu'il allait entrer dans la campagne officielle pour la présidence de la République.
...

Le principe semble acquis. Seule la date fait encore débat. Elle sera choisie avec soin, pour ne pas interférer avec le calendrier politique de la rentrée : le ministre français du Travail, Eric Woerth, devrait être de nouveau entendu dans le cadre de l'" affaire Bettencourt ". Selon nos informations, le procureur de Nanterre (Hauts-de-Seine), Philippe Courroye, et les policiers de la Brigade financière disposent en effet d'un nouvel élément qui pourrait le mettre en difficulté : une lettre confidentielle signée de sa main et adressée à Nicolas Sarkozy en mars 2007, alors qu'il allait entrer dans la campagne officielle pour la présidence de la République. Ce document, saisi à la mi-août lors d'une perquisition, prouve qu'Eric Woerth, contrairement à ce qu'il a toujours affirmé, est bien à l'origine d'une demande de Légion d'honneur au bénéfice de Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune des Bettencourt. Une " faveur " destinée à le remercier d'avoir collecté des dons pour l'UMP à l'approche de l'élection. Ce coup de théâtre intervient dans le volet le plus sensible du dossier Woerth : l'existence présumée d'un " trafic d'influence ". Au début de l'affaire, les enquêteurs se sont demandé si l'embauche de l'épouse du ministre par de Maistre, en novembre 2007, ne constituait pas une contrepartie à cette décoration. Aujourd'hui, avec ce document révélé par Le Vif/L'Express, c'est plutôt l'hypothèse d'un " renvoi d'ascenseur " sur fond de financement politique qui prend corps. Jusqu'à présent, dans ses rares déclarations publiques sur le sujet, puis sur le procès-verbal de son audition par la police, le 29 juillet, Eric Woerth a toujours assuré ne pas être intervenu personnellement et minimisé sa proximité avec Patrice de Maistre. Les faits et la chronologie racontent une autre histoire : celle d'une Légion d'honneur au parcours atypiqueàL'idée serait née en 2006. Au départ, Patrice de Maistre demande à un ami avocat, Me Jacques Rossi, de se renseigner sur les modalités à suivre pour être décoré. Mais cette démarche n'aboutit pas. " En réalité, je n'ai rien fait de concret, indique Me Rossi au Vif/L'Express. A aucun moment je ne me suis approché des ministres ou des cabinets ministériels. De mon point de vue, l'histoire en est restée là. "De fait, un autre ami de Patrice de Maistre, Eric Le Moyne de Sérigny, prend le relais, au début de 2007. En s'appuyant cette fois sur un personnage haut placé : Eric Woerth. En tant que trésorier de l'UMP et du candidat Nicolas Sarkozy, Woerth sait que Patrice de Maistre utilise son carnet d'adresses dans les milieux économiques pour récolter, légalement, des fonds destinés à l'activité politique. Le financier est par ailleurs membre du " premier cercle ", un groupe rassemblant les plus gros donateurs du mouvement. Au début du mois de mars 2007, alors que Nicolas Sarkozy est encore ministre de l'Intérieur pour quelques semaines, Eric Woerth lui écrit Place Beauvau. Sa lettre, sur papier à en-tête d'une association de soutien à l'action du candidat UMP, rappelle les " états de service " de Patrice de Maistre. Autrement dit, il faut récompenser ce " bienfai-teur ", si utile à la campagne. Commel'a révélé Le Canard enchaîné, la de-mande de médaille est donc d'abord déposée au ministère de l'Intérieur. Dans un second temps seulement, le dossier est transmis à Bercy, empruntant ainsi un circuit plus conforme aux usages. Le décret d'attribution de la Légion d'honneur est finalement signé par le nouveau président de la République sur proposition de Jean-Louis Borloo, ministre de l'Economie et des Finances de l'époque. Le 14 juillet 2007, Patrice de Maistre est élevé au grade de chevalier. A sa demande, le ruban rouge lui est remis par Eric Woerth en personne, le 23 janvier 2008, au terme d'un discours chaleureux et personnalisé commençant par une citation de René Char. Interrogé par Le Vif/L'Express, le 30 août, sur le fait de savoir s'il était intervenu, oralement ou par écrit, Eric Woerth a refusé d'entrer dans le détail, expliquant qu'il s'était " déjà exprimé devant la police ". " J'ai été interrogé 25 fois, a-t-il insisté. J'en reste à ce que j'ai dit. Il n'y a eu aucune contrepartie. "De son côté, Patrice de Maistre a été entendu pendant six heures par lapolice, le 25 août. Les enquêteurs l'ont questionné uniquement sur les conditions d'obtention de sa Légion d'honneur. Ils lui ont présenté la fameuse lettre de Woerth à Sarkozy. " Mon client a déclaré aux policiers que c'était la première fois qu'il la voyait, précise son avocat, Me Pascal Wilhelm. Il n'en avait jamais entendu parler. Je tiens à souligner le fait que cette lettre évoque un financement politique légal. "De fait, aucun élément matériel ne prouve l'existence de circuits financiers occultes destinés à alimenter la campagne électorale de Nicolas Sarkozy. Il reste un débat moral soulevé par ce courrier : la Légion d'honneur, créée par Napoléon pour récompenser les " mérites éminents " acquis au service de la nation, peut-elle servir à remercier le bienfaiteur d'un futur président ? Philippe Broussard et éric Pelletier