Vincent Van Gogh (1853-1890) aimait, tout enfant déjà, marcher, seul, dans la campagne hollandaise, aux heures du soir. Landes de bruyères, longues allées de peupliers, terre mouillée et nuages lourds, voilà ce qui le réconforte. A Nuenen, Paris, Arles et Auvers-sur-Oise, ses principales étapes, la nuit toujours le ressource. C'est l'heure bénie pour la lecture, la discussion, les grandes décisions, les élans mystiques et ces autres au bordel. L'heure aussi où, parfois, il peint allant jusqu' à planter son chevalet sous les étoiles. Pourquoi cette attirance ? En réunissant toute une série d'£uvres de ce type, des premières aux tons terreux jusqu' aux ciels nocturnes et enflammés de la fin, l'exposition d' Amsterdam suit une approche originale et interrogative. Certes, le poids des souvenirs comme la mémoire ont leur part dans son rapport romantique avec les heures du soir. Tout commence déjà avec le choix de son prénom qui n'est autre que celui d'un frère mort-né. L'éducation ens...

Vincent Van Gogh (1853-1890) aimait, tout enfant déjà, marcher, seul, dans la campagne hollandaise, aux heures du soir. Landes de bruyères, longues allées de peupliers, terre mouillée et nuages lourds, voilà ce qui le réconforte. A Nuenen, Paris, Arles et Auvers-sur-Oise, ses principales étapes, la nuit toujours le ressource. C'est l'heure bénie pour la lecture, la discussion, les grandes décisions, les élans mystiques et ces autres au bordel. L'heure aussi où, parfois, il peint allant jusqu' à planter son chevalet sous les étoiles. Pourquoi cette attirance ? En réunissant toute une série d'£uvres de ce type, des premières aux tons terreux jusqu' aux ciels nocturnes et enflammés de la fin, l'exposition d' Amsterdam suit une approche originale et interrogative. Certes, le poids des souvenirs comme la mémoire ont leur part dans son rapport romantique avec les heures du soir. Tout commence déjà avec le choix de son prénom qui n'est autre que celui d'un frère mort-né. L'éducation ensuite sous le regard sévère d'un père pasteur des pauvres qui ne voit pasd' avenir pour Vincent, dont le caractère asocial lui pose bien du tracas. Que faire de cet enfant qui se réfugie dans les livres et, parfois, en cachette, dessine comme s'il s'agissait d'une faute grave ? En vérité, grâce à un oncle marchand de tableaux chez qui il découvre l' art des paysagistes français et hollandais du xixe siècle, Van Gogh prépare en silence son destin. Mais les échecs se succèdent. A 16 ans, il est engagé dans une galerie d' art puis congédié. Après un repli mystique, il devient pasteur mais, là aussi, l'échec sera cuisant. Côté amour, les crises se mul-tiplient. En fin de compte, c'est donc seulement après la mort de son père qu'encouragé par son frère Théo, son ami de tous les jours, il opte pour une nouvelle mission : être artiste. Il a 28 ans, un sens aigu de l'observation sur le motif et une solide connaissance de l'histoire de la peinture qui l'aide à " voir " les subtilités des heures crépusculaires. De même, la poésie ou les descriptions de Victor Hugo, Théophile Gautier, Henri Conscience et tant d' autres seront souvent à la base des compositions à venir. Mais puisqu'il s' agit d'une mission, Van Gogh vise aussi à livrer un peu de morale. Ce sera l'éloge des paysans, de la campagne, du cycle des saisons. Bref, d'une sagesse perdue. Entre les semailles et les fenaisons, tout lui est bon pour rejoindre tout à la fois les textes de la Bible et son amour pour les gens " vrais ". Les voici, dans la deuxième section de l'exposition où domine Les Mangeurs de pommesde terre (1885). Les premiers croquis sont faits d'après nature, de nuit, dans la chaumière même où habite la famille de ces ouvriers de la terre. Mais la peinture s'imagine dans l'atelier. En effet, le but du peintre, expliquera Van Gogh, est moins de reproduire le réel que de produire un spectacle édifiant. Il devient donc metteur en scène et éclairagiste. On serait bien en peine de désigner une seule source de lumière car l'invention est de mise. Le contre-jour est redevable à une £uvre de Rembrandt. D' autres artifices sont de véritables trouvailles. Ainsi, la vapeur qui se dégage des pommes de terre et du café, par exemple, ne sort pas de toutes les assiettes ni de tous les bols mais sert le propos dramatique. Question couleurs, au côté du clair-obscur traditionnel, Van Gogh opte pour une " irisation " des teintes influencée par les recherches modernes d'Eugène Delacroix. Car, écrit-il à son frère, " la peinture de l'ombre est encore de la couleur ". Bien plus tard, après avoir lavé sa palette au contact des impressionnistes, les thèmes paysans seront toujours à l'ordre du jour comme dans LeSemeur (1888), dont le geste a été croqué en août, à l'heure des fenaisons, alors qu'on ensemence en novembre, au moment où les nuits sont longues et le soleil, si rouge. Non, " la reproduction fidèle de la réalité, écrit-il encore, n'est pas sa préoccupation première ". Au fur et à mesure des mois qui passent, le peintre d' Arles se mesure à un autre défi : peindre les couleurs mêmes de la nuit. Il plante son chevalet sur les bords du Rhône ou à la terrasse d'un café. La nuit l'éblouit, l'effraie, l' attire plus encore. Après une crise qui le mène jusqu' à l' asile de Saint-Rémy, il se lance dans Le Ciel étoilé (1889). Sans dessin préalable, il élève un cyprès comme une flamme à la conquête du vide. Puis il observe la manière dont la lumière des étoiles scintille sur le fond bleu. Il en mettra onze. Puis une lune qu'il invente, de même qu'il grossit démesurément six des étoiles. A partir de ce moment, il perd le contrôle absolu de cette géographie céleste et se laisse engloutir. Il n'y a plus de message, plus de morale. Seulement un homme qui, dans quelques mois, décidera de se tirer une balle dans la poitrineà Amsterdam, Van Gogh Museum. Paulus Potterstraat, 7. Du 13 février au 7 juin. www.vangoghmuseum.nl Catalogue : éditions Fonds Mercator.Guy Gilsoul