A l'automne dernier paraissait le disque de Soledad, quintette belge dont on n'a pas fini de parler. En six mois, la réputation du groupe a franchi les frontières, de Paris à Taïwan, tout en transcendant le style du tango, identité de départ du groupe. Leur récent album éponyme montre Soledad en enfants idéaux d'Astor Piazzola: imprégnés jusqu'à l'os du tango de l'Argentin, mais assez mûrs pour s'émanciper du père spirituel. L'interprétation, par exemple, de Libertango, morceau phare du maître de Buenos Aires, autorise des sonorités qui claquent et qui dérout...

A l'automne dernier paraissait le disque de Soledad, quintette belge dont on n'a pas fini de parler. En six mois, la réputation du groupe a franchi les frontières, de Paris à Taïwan, tout en transcendant le style du tango, identité de départ du groupe. Leur récent album éponyme montre Soledad en enfants idéaux d'Astor Piazzola: imprégnés jusqu'à l'os du tango de l'Argentin, mais assez mûrs pour s'émanciper du père spirituel. L'interprétation, par exemple, de Libertango, morceau phare du maître de Buenos Aires, autorise des sonorités qui claquent et qui déroutent avant d'embrayer sur la mélodie magistrale. Un truc complètement lumineux et authentiquement solaire. "La musique de Piazzola permet tout: elle nous rassemble, nous autorise à tout donner. Le tango est né dans les bars et les bordels: il est la musique de l'âme. Si je m'engueule avec ma femme, le concert du soir sera peut-être plus froid..." Nicolas Stevens, violoniste de Soledad, qualifie ainsi les sentiments à géométrie variable du quintette formé au Conservatoire de Mons, il y a sept ans. Après un premier disque autoproduit, en 1998, Soledad enchaîne festivals et concerts: lors de l'un d'entre eux, la célébrissime pianiste classique Martha Argerich tombe sous le charme inédit des tangos revisités. "Je pense qu'elle a particulièrement craqué pour l'accordéon de Manu Comté", explique Nicolas. "Elle nous a invités à une soirée où elle avait aussi convié quelques représentants de l'industrie du disque." Le plan fonctionne si bien que Soledad est signé chez Virgin-France, avec l'assurance d'une distribution mondiale. Ce contrat est, d'abord, la reconnaissance de la force du quintette: si sa pulsion est le tango, il épouse une peau musicale qui couvre d'autres façons d'interpréter et de regarder le monde. Dans le jeu de Soledad, Stravinsky devient un danseur basané qui caresse avec volupté les hanches des sonorités contemporaines. Dans son monde, les compositeurs actuels, belges de surcroît (Daniel Capelleti, Frédéric De Vrees), prennent un coup de sang: les gammes les plus sérieuses nous embrassent aux endroits intimes et interdits. Aux violon et accordéon déjà cités, Soledad ajoute la double basse vorace de Philippe Cormann, les guitares braisées de Patrick de Schuyter et le jeu rigoureux du pianiste Alexandre Gurning, le seul non-Wallon de la formation (mais on lui pardonne volontiers). Premier prix de Conservatoire précoce - à 16 ans! -, Gurning est comme ses comparses: sa maîtrise instrumentale n'est jamais démonstrative, jamais jetée en pâture aux sirènes de la reconnaissance d'un public ciblé. C'est ce qui fait la force de Soledad: tango, classique, énergie rock'n'roll, courants d'air contemporains ou blues à l'âme, leur engagement ouvert est profond dans tous les sentiments exprimés.CD Soledad, chez EMI. En concert le 21 juin au centre culturel de Rixensart, le 12 juillet à l'abbaye d'Aulne, le 20 août au Festival de Huy. Philippe Cornet