En 2013, les 300 plus grosses fortunes du monde se sont encore enrichies. De l'équivalent de 384 milliards d'euros. Une augmentation de 15 % de leur patrimoine. Ensemble, les 300 personnes les plus riches du monde possèdent 2 710 milliards d'euros. Soit un peu plus que le Produit intérieur brut de l'Allemagne, l'an passé (2 639 milliards d'euros, ce qui équivaut au 4e PIB mondial, derrière celui des Etats-Unis, de la Chine et du Japon). Et beaucoup plus que celui de la Belgique : 362,6 milliards d'euros.
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En 2013, les 300 plus grosses fortunes du monde se sont encore enrichies. De l'équivalent de 384 milliards d'euros. Une augmentation de 15 % de leur patrimoine. Ensemble, les 300 personnes les plus riches du monde possèdent 2 710 milliards d'euros. Soit un peu plus que le Produit intérieur brut de l'Allemagne, l'an passé (2 639 milliards d'euros, ce qui équivaut au 4e PIB mondial, derrière celui des Etats-Unis, de la Chine et du Japon). Et beaucoup plus que celui de la Belgique : 362,6 milliards d'euros. C'est Bill Gates qui a le plus prospéré, avec une augmentation de patrimoine de 11 milliards d'euros, au point de redevenir l'homme le plus nanti de la planète (57, 6 milliards d'euros), devant le Mexicain Carlos Slim. Lakshmi Mittal pointe à la 41e place de ce classement des puissants, avec une fortune estimée à 13,5 milliards d'euros. Le patron indien s'est enrichi de 270 millions d'euros, l'année où il a décidé de mettre la clé sous le paillasson à Liège. On peut considérer ces chiffres avec dégoût ou colère. Mais on aurait tort : ils ne font que quantifier un mouvement, inexorable, amorcé fin des années 1980, avec l'effondrement du bloc communiste, et pas prêt de s'essouffler : l'accroissement de l'écart entre riches et pauvres, lui qui se réduisait depuis le début du XXe siècle. Un mouvement qui ne résulte pas d'un complot, d'un coup d'Etat, de manoeuvres forcément inavouables. Un mouvement qui n'empêche pas le recul, global, de la pauvreté. Concrètement, c'est la libéralisation des marchés et la dérégulation de l'économie, prônée par la plupart des dirigeants occidentaux, et désormais par ceux des pays qu'on dit encore émergents, bien qu'ils aient déjà bien plus qu'émergé, qui l'ont déclenché. L'objectif était de développer l'économie, de multiplier les ascenseurs sociaux, d'ouvrir des perspectives au plus grand nombre. Clairement, objectif non atteint, donc. Malgré la crise, " les riches " ont gagné, comme le montrent les chiffres cités plus haut, comme l'illustre Jean-Louis Servan-Schreiber dans son dernier livre et comme le décortique notre dossier cette semaine. Ils ont gagné et ils triomphent, encore. Et pour longtemps : parce qu'il n'y a, objectivement, aucune raison de leur enlever ce qu'ils ont gagné, de façon peut-être pas toujours moralement inattaquable, mais en tout cas certainement pas illégale, jusqu'à preuve du contraire. En revanche, Servan-Schreiber rappelle deux choses. D'abord : " Les moyens de faire beaucoup d'argent ont toujours existé, et les jugements moraux à cet égard restent déterminés par deux critères : l'exploitation des autres qui a toujours été condamnée, [et] l'enrichissement indu : rentes de situation, héritages, flambée spéculative imprévue, ou même travail rémunéré sans rapport avec l'effort ou le mérite. " Ensuite : " La richesse en soi ne me choque pas, mais je suis alarmé de constater qu'elle puisse tenir lieu d'idéal et de modèle à de jeunes esprits bien formés. Les plus doués préfèrent, de plus en plus, aller vers la finance lucrative plutôt que vers l'industrie productive, ou vers des métiers d'intérêt général, plus inspirants mais moins rémunérateurs. Un symptôme parmi d'autres de la prééminence, presque sans alternative, de la valeur argent, dans une société focalisée sur la technologie et la consommation. " Ce n'est pas neuf. Mais en ces temps socio-économiques déplorables, c'est beaucoup plus difficile à digérer. On attend donc avec impatience les engagements des dirigeants politiques dans la perspective des élections de mai. Pas pour pénaliser la réussite financière des uns. Mais pour contribuer à faire sortir du marasme les autres. Chacun gardant par ailleurs le droit de placer ses valeurs où il veut. de Thierry Fiorilli" Il n'y a objectivement aucune raison d'enlever aux riches ce qu'ils ont gagné "