Un spectre plane sur la campagne, une petite musique entêtante : en Belgique francophone, le fond de l'air serait aux alliances rouges-bleues. Le retour en force du tandem PS-MR pourrait bien être la principale tendance des élections du 14 octobre. Pratiquée de longue date à l'échelon provincial, la formule a connu son heure de gloire aux début des années 2000, quand libéraux et socialistes gouvernaient ensemble tant au fédéral qu'à la Région wallonne. Elle a ensuite été mise en veilleuse, tout en restant très pratiquée au niveau local. Parmi les 20 plus grandes villes wallonnes, 7 ont aujourd'hui à leur tête une majorité PS-MR. En Région bruxelloise, socialistes et libéraux gèrent ensemble plusieurs communes, et non des moindres : Saint-Gilles, Ixelles, Anderlecht, Molenbeek... Les trois provinces wallonnes les plus importantes (Hainaut, Liège et Namur) sont elles aussi dirigées par une majorité PS-MR.
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Un spectre plane sur la campagne, une petite musique entêtante : en Belgique francophone, le fond de l'air serait aux alliances rouges-bleues. Le retour en force du tandem PS-MR pourrait bien être la principale tendance des élections du 14 octobre. Pratiquée de longue date à l'échelon provincial, la formule a connu son heure de gloire aux début des années 2000, quand libéraux et socialistes gouvernaient ensemble tant au fédéral qu'à la Région wallonne. Elle a ensuite été mise en veilleuse, tout en restant très pratiquée au niveau local. Parmi les 20 plus grandes villes wallonnes, 7 ont aujourd'hui à leur tête une majorité PS-MR. En Région bruxelloise, socialistes et libéraux gèrent ensemble plusieurs communes, et non des moindres : Saint-Gilles, Ixelles, Anderlecht, Molenbeek... Les trois provinces wallonnes les plus importantes (Hainaut, Liège et Namur) sont elles aussi dirigées par une majorité PS-MR. Va-t-on assister à une multiplication des coalitions violettes ? Un fait renforce l'hypothèse : le soutien du Mouvement réformateur à l'accord institutionnel conclu en 2011. Celui-ci implique la scission de l'arrondissement bilingue de Bruxelles-Hal- Vilvorde, très douloureuse sur le plan électoral pour les libéraux. Il a aussi précipité la rupture entre le MR et le FDF. Du coup, chez les bleus, une information circule : le président du parti, Charles Michel, n'a pu consentir à de tels sacrifices sans obtenir des garanties en échange. Lesquelles ? Une participation au gouvernement wallon après 2014 ? L'assurance d'accéder au pouvoir dans plusieurs grandes villes ? En attendant, la communication du MR se fait moins mordante qu'en 2009, quand Didier Reynders jugeait le PS " infréquentable ". Autre signe du dégel : le gouvernement wallon du socialiste Rudy Demotte a tenu à associer l'opposition libérale à son plan Horizon 2022. Le président du MR, Charles Michel, joue gros. Pour son parti, la comparaison avec les résultats de 2006 risque de faire mal. Cette année-là, la vague de scandales touchant le PS, notamment à Charleroi, avait largement profité aux libéraux. Le contexte a changé. Charles Michel cherche donc à compenser un probable recul électoral par l'entrée dans un maximum de majorités. Cette stratégie passe par un rapprochement avec le PS, le parti qui a le plus à offrir. Elle pourrait produire ses effets à la province du Brabant wallon, où le MR semble enclin à renvoyer Ecolo dans l'opposition, pour faire monter le PS à sa place. " Quand j'étais encore au MR, relate Didier Gosuin, chef de groupe FDF au parlement bruxellois, j'ai plusieurs fois entendu des ténors libéraux dire : si on soutient une réforme de l'Etat, cela ne doit pas être juste pour la beauté du geste, il nous faut des contreparties. C'est un secret de Polichinelle, Charles Michel n'a pas accepté ces accords sans la garantie d'être mieux représenté à différents niveaux de pouvoir. A Schaerbeek, l'échevin libéral Georges Verzin est en service commandé pour torpiller Bernard Clerfayt et servir de marchepied à Laurette Onkelinx, afin de permettre des alliances PS-MR ailleurs. Ecolo va être débarqué en Brabant wallon, j'en suis quasi certain. Et ce n'est pas anodin si, à Bruxelles-Ville, plusieurs ténors socialistes ont flingué le CDH à quinze jours des élections. On sent bien qu'il y a une tendance derrière tout ça. "Au CDH et chez Ecolo, plusieurs hauts gradés s'inquiètent de ce scénario qui les met hors jeu. Depuis l'arrivée de Benoît Lutgen à la tête du parti centriste, la complicité qui unissait le PS d'Elio Di Rupo et le CDH de Joëlle Milquet n'est plus de mise. " Si, à un moment donné, il devait y avoir un virage dans le choix des alliances, le fait de ne plus être redevables vis-à-vis de Joëlle Milquet peut simplifier les choses ", confirme un élu socialiste de premier plan. Autre élément : les déclarations de Benoît Lutgen, qui a repositionné le CDH comme le défenseur de l'école libre. Elles sont très mal passées auprès de nombreux socialistes et libéraux. Du vent dans les voiles pour de futures " alliances laïques " ? " Se débarrasser du CDH, c'est quelque chose qui parle toujours chez une partie des militants ", relève un socialiste namurois. A Charleroi, en particulier, le maïorat de Jean-Jacques Viseur a dopé l'hostilité vis-à-vis de l'ex-parti chrétien. " Cela a remis en avant les discours anticalotins, confirme un important mandataire PS. J'imagine que, le soir des élections, certains joueront là-dessus pour plaider en faveur d'une majorité avec le MR. Mais ce ne sera pas décisif. Parmi les faiseurs d'opinion, beaucoup seraient même prêts à faire une coalition avec Saint-Nicolas, du moment qu'on leur promet un poste d'échevin. "Restent les écologistes. Là où ils sont au pouvoir, comme à la Région wallonne ou à Namur, ils irritent de plus en plus leurs partenaires. En matière d'urbanisme ou de mobilité, les verts se retrouvent très souvent isolés face aux trois partis traditionnels, qui les jugent dogmatiques. Bref, la plupart des barons PS, MR ou CDH préféreraient faire sans eux. Doit-on en déduire que l'ensemble des communes wallonnes et bruxelloises vont être repeintes en rouge et bleu après le 14 octobre ? En réalité, le jeu est moins cadenassé qu'il n'y paraît. Les propos de Charles Michel rendant le PS responsable de la libération de Michelle Martin ont ulcéré plus d'un socialiste. A Bruxelles-Ville, nul ne sait les conséquences électorales qu'auront les déboires (voir en page 40) d'Alain Courtois (MR) et les déclarations chocs de Freddy Thielemans (PS) sur le contrôle des naissances. Tandis qu'à Mons il est loin d'être acquis qu'Elio Di Rupo reconduira son alliance avec le MR. " Au fond, nous n'avons qu'une certitude, souffle ce libéral, c'est qu'Elio Di Rupo est imprévisible. " FRANÇOIS BRABANT