Le Dr Michel Schaar, 61 ans, se tuait littéralement à la tâche pour entretenir une famille de deux adultes et de cinq enfants en pleine croissance, Yasmine (14 ans), Nora (12 ans), Myriam (9 ans), Mina (7 ans), Mehdi (3 ans). La contrepartie de son dévouement financier sans bornes ? La réponse fuse : " Le sourire des enfants. " Personne ne peut douter de l'affection que le bon docteur - il est adoré de ses patients - éprouvait envers les " enfants de Bouchaïb ". C'est lui, et non la mère infanticide, et encore moins le père " brisé ", qui donne des petites victimes le portrait le plus juste et le plus touchant. Il avoue avec ce qu'il faut de légèreté son " bountje " (préférence, en bruxellois) pour Nora. Le public de la cour d'assises du Brabant wallon a apprécié ce comportement de chic type.
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Le Dr Michel Schaar, 61 ans, se tuait littéralement à la tâche pour entretenir une famille de deux adultes et de cinq enfants en pleine croissance, Yasmine (14 ans), Nora (12 ans), Myriam (9 ans), Mina (7 ans), Mehdi (3 ans). La contrepartie de son dévouement financier sans bornes ? La réponse fuse : " Le sourire des enfants. " Personne ne peut douter de l'affection que le bon docteur - il est adoré de ses patients - éprouvait envers les " enfants de Bouchaïb ". C'est lui, et non la mère infanticide, et encore moins le père " brisé ", qui donne des petites victimes le portrait le plus juste et le plus touchant. Il avoue avec ce qu'il faut de légèreté son " bountje " (préférence, en bruxellois) pour Nora. Le public de la cour d'assises du Brabant wallon a apprécié ce comportement de chic type. Mais sa puissance financière était bien plus pesante et anormale que sa présence physique, finalement assez limitée, dans la maison de l'avenue Général Jacques, à Nivelles. Elle était de l'ordre du non-dit. Hormis les allocations familiales (978 euros) et la pension d'invalidité de Geneviève Lhermitte (794 euros, pour dépression), il payait tout, absolument tout, et ce, depuis dix-sept ans. Lorsque Bouchaïb, son " fils adoptif " venu du Maroc à l'âge de 15-16 ans, échoue pour la seconde fois dans ses études supérieures, le Dr Schaar refuse qu'il entame une nouvelle formation. " A cause du minerval ", fait-il valoir avec sérieux. Mais il continue à l'entretenir sur un grand pied. Geneviève Lhermitte évoque un incident qui se serait passé au début de leur vie commune, sous le toit du médecin, à Forest. Michel Schaar, que Bouchaïb avait exaspéré pour une raison inexpliquée, se serait précipité sur lui avec un couteau en criant : " Je vais le tuer, je vais le tuer " ! Bouchaïb, allongé sur son lit, le défiait : " Vas-y ! " Il y a aussi ce désespoir de l'homme grugé qui repart seul, en train, après une scène chez un concessionnaire Mercedes de la côte, où Bouchaïb a exigé que leur nouvelle Vito soit dotée de toutes les options possibles et imaginables. " Schaar est amoureux de Bouchaïb, explique Geneviève. Il ne peut pas se passer de lui. "Ce misérable petit monceau de secrets, qui remonte à la surface depuis le carnage du 28 février 2007, n'a pas encore été assez remué. En plein procès, des lettres et des carnets intimes de l'accusée continuent d'être versés au dossier. Geneviève Lhermitte qui, au début, concentrait toute sa haine sur le Dr Schaar, la déverse à présent vers son (encore) mari (il va en appel de la décision de divorce). Un mari qui, selon Geneviève, ne devra distribuer que quelques gifles au bon moment, suivies de paroles sucrées, pour faire d'elle une " épouse respectueuse ". Les scènes de coups, si elles ont existé, n'ont eu d'autre témoin ou confident que le Dr Schaar. " Je n'en ai pas le souvenir ", dit celui-ci à la barre des témoins. Même s'il reconnaît des " scènes orageuses ", il s'est bien gardé d'intervenir. " On me l'aurait reproché ", poursuit-il. Les murs démesurés que le couple avait fait construire autour de leur jardin de Nivelles est à l'image de l'enfermement morbide de cette famille tellement comme il faut. Une maman souriante, toujours accompagnée d'une ribambelle d'enfants " polis et bien élevés ", s'extasient voisins et professeurs. Geneviève n'éveillait pas le soupçon, surtout si, craignant son mari, elle n'entretenait de liens sociaux qu'avec sa belle-famille et les intervenants obligés d'une mère de famille nombreuse. En réalité, elle ne tenait debout qu'à coups de médicaments et d'une introspection permanente, que révèlent ses choix de livres à la bibliothèque publique. Mais son acte monstrueux l'a " libérée ". Le premier jour de son procès, Geneviève Lhermitte marque un temps d'arrêt avant d'accepter la suggestion du président de la cour, Luc Maes, de s'asseoir pour être à la hauteur d'un micro mal placé. Visiblement, elle était bien debout. Elle a le teint cireux, le menton encore plus fuyant et la bouche encore plus amère, mais elle n'est pas intimidée. C'est pourtant avec la voix d'une petite fille plaintive et revancharde qu'elle se plaint de son enfance : " Ma mère m'impressionnait, j'avais en quelque sorte peur d'elle. Elle me disait que j'étais bête et moche. Quand des parents disent des choses aux enfants, les enfants le croient. Elle préférait ma s£ur Mireille. Refuser que mon petit copain vienne à la maison après 21 ans, c'est exagéré. Question études, il fallait toujours être au top. Si les parents ne sont pas très démonstratifs, les enfants en souffrent. Moi, j'ai besoin qu'on me dise des choses tendres, valorisantes, qu'on reconnaisse qui je suis. "Après l'avoir longuement invitée à s'épancher, le président l'invite : " Allez-vous avoir le courage de répéter tout ce que vous avez fait ? " demande-t-il avec humanité. Elle commence. " J'ai déballé les deux couteaux. Je les ai mis dans la com- modeà " Son récit halluciné de l'assassinat de ses enfants ressemble à un conte macabre ponctué par ces mots : " Et je lui coupe son cou (ou sa gorge). " Cinq fois. Les deux petits, elle les étrangle d'abord à mains nues, voit " le petit visage de Mina devenir mauve, sa petite langue pendre hors de sa bouche ". Mehdi, " je commence à l'étrangler, il donne des coups de pied ". Elle appelle Myriam. " Mimi, il y a une surprise pour toià " Celle-ci crie sous le choc d'une plaque de marbre qui s'abat sur elle par-derrière. " Je me suis mise sur elleà " Geneviève Lhermitte sanglote. " Il y a avait du sang partout, sur les murs, le plafondà " Nora, attirée dans la salle de bains du Dr Schaar : " Elle est tombée par terre, j'ai continuéà " Yasmine lutte à mains nues contre le couteau. " Je lui ai dit que je l'aimais. A tous mes enfants, je leur ai dit que je les aimais ! " En l'allongeant, morte, dans son lit, elle avoue à son aînée : " Tu étais ma préférée. "Marie-Cécile Royen