Des relations entre des militaires de la Wehrmacht et des femmes belges sont nés pas moins de 20 000 enfants. Beaucoup ont été éduqués dans la honte de leur passé, tandis qu'une chape de plomb recouvrait la période de guerre au sein de ces familles. Gerlinda Swillen, fille d'un soldat allemand et d'une Belge, a brisé le tabou. Depuis septembre 2007, elle étudie, avec l'appui du Centre d'études et de documentation Guerre et sociétés contemporaines (Ceges), toutes les facettes de ce que certains historiens appellent la " collaboration ...

Des relations entre des militaires de la Wehrmacht et des femmes belges sont nés pas moins de 20 000 enfants. Beaucoup ont été éduqués dans la honte de leur passé, tandis qu'une chape de plomb recouvrait la période de guerre au sein de ces familles. Gerlinda Swillen, fille d'un soldat allemand et d'une Belge, a brisé le tabou. Depuis septembre 2007, elle étudie, avec l'appui du Centre d'études et de documentation Guerre et sociétés contemporaines (Ceges), toutes les facettes de ce que certains historiens appellent la " collaboration des c£urs ". Gerlinda Swillen : Le fait d'avoir raconté aux médias ma propre histoire d'" enfant de la Wehrmacht " a suscité des témoignages. Ceux qui sortent de l'ombre me disent : " A vous, on ose confier ce qu'on a vécu. Les autres ne comprendraient pas. " Personnellement concernée, j'avais crains que ma recherche prête le flanc à la critique. Le Ceges m'a rassurée, estimant que ma connaissance de ce passé ouvrait des portes. Nous garantissons aux témoins la discrétion et le respect de la vie privée. Jusqu'ici, une trentaine de sexagénaires francophones et flamands ont répondu à l'appel. Parmi eux, il y des enfants nés des relations d'une femme belge avec un soldat de l'armée d'occupation et d'autres nés des relations d'un travailleur ou d'une travailleuse belge en Allemagne avec un(e) citoyen(ne) allemand(e). La plupart des enfants belges de soldats allemands cherchent encore leur père. Certains ne connaissent ni leur père ni leur mère. Chaque année, le service berlinois qui gère les archives de la Wehrmacht reçoit de toute l'Europe plus de 5 000 demandes de recherche en paternité. Entre 2005 et 2008, il y a eu 14 demandes belges, dont quatre ont abouti. Oui, pratiquement tous me disent qu'ils n'ont pas eu une enfance heureuse. Certains ont été exclus des fêtes scolaires, des cours de gymnastique ou des clubs sportifs. Beaucoup, en Wallonie, ont été traités d'" enfants de Boches ", en Flandre, de " Hitlerjugend ". Il y a des cas de maltraitance physique ou psychologique. Ils ne demandent pas réparation, mais ne veulent plus être culpabilisés pour une faute qu'ils n'ont pas commise. D'autres témoins, prêts à rompre le silence, souhaitent garder l'anonymat, en général pour ne pas blesser une mère, un parent, un conjoint. En Belgique, le sujet est resté plus tabou que dans les autres pays occupés. Contact : Ceges, 02 556 92 11, et ceges soma@cegessoma.be, à l'attention de Gerlinda Swillen. L'historien français Fabrice Virgili, spécialiste de la question, donnera une conférence le 22 octobre, à 14 heures, à l'Institut de sociologie de l'ULB, 44, av. Jeanne, à 1050 Bruxelles. Sujet : sexualité et violence en temps de guerre.Olivier Rogeau