Saint Nicolas aurait pu nous apporter un variant moins inquiétant, comme l'espérait Yves Van Laethem. A la place, il a déposé un chariot de nouvelles dispositions: des masques pour les enfants du primaire, des cours à distance pour ceux du secondaire, une semaine blanche et des détecteurs de CO2 pour petits et grands. A-t-il vu trop grand alors que le pic de la quatrième vague semble atteint, ou fallait-il effectivement donner un bon coup de crosse au virus avant les fêtes, sous peine de voir les unités de soins intensifs ployer sous le poids des admissions?
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Saint Nicolas aurait pu nous apporter un variant moins inquiétant, comme l'espérait Yves Van Laethem. A la place, il a déposé un chariot de nouvelles dispositions: des masques pour les enfants du primaire, des cours à distance pour ceux du secondaire, une semaine blanche et des détecteurs de CO2 pour petits et grands. A-t-il vu trop grand alors que le pic de la quatrième vague semble atteint, ou fallait-il effectivement donner un bon coup de crosse au virus avant les fêtes, sous peine de voir les unités de soins intensifs ployer sous le poids des admissions? Si l'efficacité du port du masque ne fait aucun doute sur le plan épidémiologique, les avis sont nettement plus partagés quant aux effets sur le bien-être des enfants. Le retour à l'enseignement hybride n'a pas non plus fait sauter de joie les pédagogues dont les facultés d'adaptation sont larges mais pas illimitées. Submergés, eux aussi, par les vagues successives, les enseignants et les directions prennent la mesure des nouveaux bouleversements qui les attendent si nous ne parvenons pas à nous défaire de ce virus et qu'il faut se résigner à "vivre avec". Ce qui surprend le plus, c'est le changement de paradigme. Jusqu'ici, l'engagement de l'exécutif était de préserver au maximum le milieu scolaire pour assurer la continuité des cours dans des conditions proches de la normale et de ne pas aggraver le sentiment d'anxiété, déjà très présent chez certains enfants. Or, ces mêmes enfants seraient aujourd'hui "les moteurs de l'épidémie", comme l'affirme le bio- statisticien Geert Molenberghs. Au terme du dernier Codeco aussi répétitif que chaotique sur lequel plane de sérieux soupçons de manipulation (l'affaire de la Saint-Nicolas d'Anvers), il a été décidé que, cette fois, les enfants - et la culture sur certains points - seraient mis à contribution, l'Horeca ayant déjà payé un très lourd tribut à la crise sanitaire. Après le masque, la piqûre? L'autre tabou qui n'en est plus un, c'est la vaccination des plus jeunes chez qui la forme sévère de la maladie reste pourtant très exceptionnelle. En attendant que le Conseil supérieur de la santé et le Comité de bioéthique rendent leur avis sur la question, Frank Vandenbroucke (Vooruit) a déjà passé commande chez Pfizer de vaccins pédiatriques adaptés aux 5-11 ans. Les 336 000 premières doses sont attendues à la fin décembre, 400 000 de plus en janvier. Qu'est-ce qui justifie cette urgence? Le gain pour la société ne réside pas dans la protection de sujets qui ne sont pas, ou très peu, malades mais dans leur participation à l'effort collectif, argumente-t-on. Sur ce point-là aussi, on observe un changement de paradigme. Convaincre les parents de mettre leurs enfants à contribution pour freiner une pandémie dont on ne sait quelle sera exactement l'issue ne sera pas une mince affaire. Alors que les hésitants et les antivax semblent définitivement camper sur leurs positions et que les manifestants contre les mesures sanitaires font monter la pression, il faudra disposer de solides arguments scientifiques mais aussi éthiques pour espérer battre le rappel une fois encore.