Les incertitudes qui entourent la naissance de la nouvelle compagnie aérienne belge sont encore légion. Mais l'une d'elles, pourtant capitale, n'a pas été suffisamment soulevée. Si le projet finit par se concrétiser, la " mini-Sabena " construite sur base de l'actuelle DAT (lire ci-contre) par un groupe d'investisseurs essentiellement privés, aura-t-elle, oui ou non, une chance de survivre ? Premiers éléments de réponse.
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Les incertitudes qui entourent la naissance de la nouvelle compagnie aérienne belge sont encore légion. Mais l'une d'elles, pourtant capitale, n'a pas été suffisamment soulevée. Si le projet finit par se concrétiser, la " mini-Sabena " construite sur base de l'actuelle DAT (lire ci-contre) par un groupe d'investisseurs essentiellement privés, aura-t-elle, oui ou non, une chance de survivre ? Premiers éléments de réponse. 1. La capitalisation de départ de la nouvelle compagnie (200 millions d'EUR, desquels il faudra défalquer le prix d'achat des actions de la DAT) est largement insuffisante. C'est, en tout cas, l'avis de tous les experts en aéronautique que nous avons consultés. " Par contre, résume Philippe De Backer, partenaire chez Bain & Co, si cette trésorerie de départ n'est qu'une façon de mettre le pied à l'étrier, la survie est envisageable. Tout dépendra, alors, de la taille des poches des actionnaires. " 2. La compagnie ne dispose pas (encore ?) de partenaire industriel crédible. Les investisseurs intéressés par la création de la nouvelle compagnie aérienne belge (les fleurons de l'économie noire-jaune-rouge et les trois Régions) n'ont aucune compétence dans ce secteur très complexe. La " DAT+ " a donc besoin, d'urgence, d'un partenaire industriel capable de l'aider à réduire ses coûts à Zaventem (Virgin Express ?). Mais pas seulement. Elle devrait également séduire un grand groupe mondial, histoire de drainer vers Bruxelles des passagers en transit, susceptibles ensuite d'utiliser un réseau européen solide, construit sur des destinations importantes (donc onéreuses). Pour le moment, la " DAT+ " n'a rien de tel à proposer à un allié, même potentiel. La concurrence, par contre, est déjà dans la place. 3. Le modèle économique de la nouvelle compagnie risque d'être pris en ciseaux entre les compagnies à bas coûts et les compagnies traditionnelles. A terme, sur les 175 compagnies toujours en vol dans le ciel européen, subsisteront uniquement, après l'inévitable consolidation du secteur par faillites ou rachats, deux types de transporteurs : d'un côté, trois ou quatre grosses compagnies traditionnelles aux structures solides (les noms d'Air France, Lufthansa et British Airways sont fréquemment cités) ; de l'autre, une série de " low-costs " (style Ryanair, EasyJet, Go.). Et la " mini-Sabena ", alors ? " Entre ces deux modèles, il existera aussi une place pour des compagnies régionales particulièrement attentives à leurs coûts fixes et à la rentabilité des destinations qu'elles proposeront, assure Philippe De Backer. Tout dépendra, en fait, de leur capacité, ou non, de se démarquer à la fois du modèle économique des " low-costs " et de celui des compagnies traditionnelles. " En termes plus directs, la " New Sabena " éprouvera donc toutes les peines du monde à trouver sa niche. 4. Le moment n'est pas propice. La crise que traverse le secteur du transport aérien aujourd'hui, causée entre autres par le ralentissement économique mondial et ses conséquences, n'a pas commencé le 11 septembre. Mais les attentats de New York et l'accident d'American Airlines, survenu lundi, l'ont encore amplifiée. L'avion fait peur. Les compagnies aériennes traditionnelles ont réduit leur offre d'environ 30%. Mais rien n'y fait. Dans ce secteur cyclique et traditionnellement peu juteux, leurs frais fixes (ou en hausse, comme les primes d'assurances) sont trop importants. Résultat : quasiment toutes annoncent des résultats catastrophiques, au point de licencier à tours de bras, aux Etats-Unis comme en Europe. " Logique, selon Robert Tasiaux, consultant auprès de AT Kearney, puisqu'elles dépendent essentiellement du trafic généré par le monde des affaires, en chute libre. Je ne serais d'ailleurs pas surpris de voir les compagnies les plus faibles jeter le gant très rapidement. ". En fait, dans cette crise sans précédent depuis la seconde guerre mondiale, les seuls transporteurs qui tirent leur épingle du jeu sont les compagnies à bas coûts (Ryanair par exemple). La nouvelle " mini-Sabena " disposera-t-elle de poches financières suffisamment profondes pour dépasser cette crise. alors qu'elle devra déjà lourdement investir pour se lancer ? En voulant reprendre un maximum de destinations de feu la Sabena à son compte, elle ne semble pas se positionner sur le marché, en tout cas, comme une " low-costs ".Xavier Degraux