Plus de 2,5 millions d'amis sur Facebook en Belgique, ça fait réfléchir un candidat aux élections. Imaginez : quelques clics de souris pour toucher autant d'électeurs potentiels, excepté les moins de 18 ans. Une vraie aubaine ! Les réseaux sociaux sur Internet sont devenus un outil incontournable pour la propagande politique, même dans un petit pays morcelé comme la Belgique. Il suffit d'observer la multiplication des profils ou des fan clubs de politicien(ne)s sur Facebook pour s'en convaincre.
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Plus de 2,5 millions d'amis sur Facebook en Belgique, ça fait réfléchir un candidat aux élections. Imaginez : quelques clics de souris pour toucher autant d'électeurs potentiels, excepté les moins de 18 ans. Une vraie aubaine ! Les réseaux sociaux sur Internet sont devenus un outil incontournable pour la propagande politique, même dans un petit pays morcelé comme la Belgique. Il suffit d'observer la multiplication des profils ou des fan clubs de politicien(ne)s sur Facebook pour s'en convaincre. Depuis le début de l'année, les pages uniquement dédiées aux élections régionales du 7 juin fleurissent sur le site dont tout le monde parle : " Armand De Decker, Ministre-Président ! ", " Toutes et tous en campagne avec Serge Kubla ", les supporters de Benoît Cerexhe, les fans de Christophe Doulkeridis et même " Roberto D'Orazio aux élections 2009 ". A vue de nez, les libéraux se montrent les plus actifs sur la Toile. " Nous avons été les premiers présents sur Facebook ", se vante sans forfanterie Laurent Burton, du MR. Il faut dire que, depuis belle lurette, Didier Reynders lui-même est un aficionado. Pas un jour sans qu'il souhaite " Bonne nuit ", " Bonne soirée ", " Bon dimanche ", " Bonne journée bancaire "... à ses " amis " dont le nombre a largement dépassé le seuil critique de 5 000. Il est bon joueur aussi : membre du groupe " Didier Reynders, Premier ministre ? Noooooooooon ! ", il n'a même pas censuré, sur son profil, l'élégant message " Virginie a chié sur le mur de Didier Reynders " avec ce commentaire " ça c'est pour mes contributions, M'sieur l'Miniss ". Cela dit, Facebook et le Web 2.0, avec tout ce qu'il permet comme interactivité, font gamberger l'ensemble des partis. Le marketing politique ne peut plus se passer du numérique. C'est évidemment la campagne de Barack Obama ( lire l'encadré) qui a donné le la. " L'utilisation des réseaux sociaux par l'équipe d'Obama mais aussi par celle de Zapatero en Espagne nous a interpellé, concède Gilles d'Outrelepont au PS. Facebook nous permet d'approcher des catégories de la population que nous ne pouvons pas atteindre via les médias classiques. Les jeunes en particulier. " Significatif : 82 % des 18 000 fans d'Elio Di Rupo sur Facebook ont moins de 45 ans. " L'intérêt de ce genre de site est qu'on touche beaucoup de jeunes et des jeunes qui n'ont encore jamais voté, confirme Jean-Paul Bastin au CDH. Cela dynamise la campagne, car Facebook et Internet en général sont des outils de démocratie directe. Il ne s'agit pas d'y tenir le discours "Votez pour moi", mais plutôt "Découvrez-moi". En outre, les politiques se voient pas mal interpeller sur leur profil. " Le ton est d'ailleurs souvent celui de l'intimité. Didier, Elio, Joëlle, Jean-Michel et les autres se font allègrement tutoyer dans les messages postés sur leur mur. Une proximité qui se manifeste aussi dans les petits sondages. Exemple : " Pensez-vous qu'André Antoine dort encore avec un ours en peluche ? "Via les listes d'amis des candidats et des militants, Facebook permet également de démultiplier très rapidement un message, une invitation à un événement ou la diffusion d'une vidéo. " Nos réunions intergroupes dans les différents arrondissements sont désormais annoncées par Facebook grâce aux amis des amis, raconte Olivier Burton. Cela nous amène un public plus nombreux et plus varié que lorsque nous envoyons des invitations traditionnelles. " Le PS, lui, vient de lancer une web-radio hébergée sur Facebook. Pour les " petits " candidats, comme les suppléants qui font leur première campagne et ne peuvent dépasser 2 500 euros de dépenses, le site social constitue une belle opportunité pour être visible à moindre coût. D'autant que la législation sur les dépenses électorales est encore assez floue concernant l'usage d'Internet. " La loi manque de clarté car il est compliqué de réglementer le Web, observe Laura Iker, auteur du Guide des élections en Belgique (Luc Pire, 2003). Certes, la création et l'alimentation d'un site Internet doivent être valorisées au prix du marché. Idem pour la gestion d'une page sur Facebook par une tierce personne, même si celle-ci ne se fait pas payer, et pour les envois de courriels. Mais tout cela est difficile à évaluer. La Commission de vérification ne peut pas contrôler le nombre de mails réellement envoyés par chaque candidat... " Sur le plan pratique, la plupart des partis ont prévu une fiche technique, voire un module de formation, pour les candidats désireux de se lancer dans le monde virtuel de Facebook. Mais sans obligation aucune. On voit mal le responsable Web du PS convaincre José Happart ou Maurice Bayenet de présenter leur meilleur profil sur le site à la mode, même si nous ne doutons pas de l'ardeur d'avance de ces députés wallons. " De toute façon, l'interactivité du Web 2.0 n'est efficace et durable que si celui-ci est utilisé de façon authentique, avertit José Cordoville chez Ecolo. Investir Facebook juste pour sa pub électorale peut être contre-productif. Les internautes ont d'autres exigences. "S'il ne faut pas négliger ces outils numériques, il faut éviter de les surestimer. Un ménage belge sur deux n'a pas de connexion Internet. " Je ne pense pas que Facebook constituera une grosse révolution dans la campagne électorale, décrypte François Heinderickx, professeur à l'ULB. C'est une variante, un outil nouveau, intéressant, mais il ne sera pas déterminant. Par ailleurs, il n'y a pas de comparaison possible avec ce qui s'est passé aux Etats-Unis. Ce n'est pas le même type d'élection et la sociologie électorale est très différente chez nous. " Il ne faut pas oublier non plus qu'Obama n'a pas gagné uniquement grâce à Facebook. Le site de Marc Zuckerberg lui a surtout permis de recruter des personnes relais qui, sur le terrain, ont fait du porte-à-porte comme dans le bon vieux temps. Thierry Denoël