Dans le quartier populaire de Uptown, à La Nouvelle-Orléans, la parade du dimanche est une religion. On danse sur les tombes, on se trémousse dans la rue. Des cow-boys aux allures de rappeurs galopent sur le ciment, slalomant entre des vendeurs de daïquiris à la sauvette. Alors que les cuivres vrombissent, les fumées des pneus qui crissent rejo...

Dans le quartier populaire de Uptown, à La Nouvelle-Orléans, la parade du dimanche est une religion. On danse sur les tombes, on se trémousse dans la rue. Des cow-boys aux allures de rappeurs galopent sur le ciment, slalomant entre des vendeurs de daïquiris à la sauvette. Alors que les cuivres vrombissent, les fumées des pneus qui crissent rejoignent celles des barbecues géants. Elles sont là aussi, une dizaine de motos engluées de strass et de paillettes. Aux guidons : Tru, Hood Priss, Coco, Foxy, Icy Baby, Karma... toutes Noires, toutes en talons, fières et voluptueuses. Ce sont les Caramel Curves, en français, " les courbes Caramel ". Depuis 2005, elles sont les Beyoncé des quartiers et mettent un peu d'oestrogènes dans les gangs de motards. Dans la vie, elles sont pâtissière, femme d'affaires, croque-mort, chauffeur de bus ou infirmière de prison. Beaucoup sont mamans. Dans le coeur, elles sont soeurs du deux-roues. " Quand vous remarquez une fille qui a du style à moto, vous lui proposez une balade et vous voyez si elle s'entend bien avec les autres, explique Tru. Pour être une Curve, il faut prouver sa motivation, comme dans une sororité (NDLR : confrérie étudiante typique des campus américains). " Cet esprit de communauté dépasse même le cadre du petit groupe : plusieurs fois par an, les Caramel Curves lèvent des fonds pour aider les plus démunis et tous les jours, encourageant la confiance en soi, elles servent de modèles aux petites filles victimes de nombreuses discriminations. " Ces meufs, elles ont la classe. Elles tiennent les autres en respect et sont une source d'inspiration ", raconte Brandon, le petit ami de Tru. Qui abonde : " Notre devise, c'est : "Si tu as peur de le faire, fais-le". "