Prêtre catholique, Thomas Ziegler a été aumônier sur des bateaux de croisière pendant une dizaine d'années. Son récit intitulé Les Bateaux de l'éphémère, Un curé à bord, écrit avec Charles Wright (Salvator, 192 p.) témoigne des deux mondes qui cohabitent dans " cette réplique en réduction du modèle insulaire ", celui d'en haut constitué des clients et du staff dirigeant et " ce personnel de l'ombre qui campe dans les échelons les plus bas, constitue le gros des troupes, et ne reçoit guère de reconnaissance ". C'est à ces Philippin(e)s, Malgaches, Mauricien(ne)s, Haïtien(ne)s, Indien(ne)s ou Pakistanais(es) que Thomas Ziegler, en disciple de Charles de Foucauld, a consacré la plupart de son temps de service. Et pour cause, " l'éloignement des siens, le confinement, [...] la routine qui altère la conscience du temps, tout cela finit par susciter (auprès de ces "sédentaires qui vivent dans un logis mobile" leurs six ou huit mois de contrat) un véritable dégoût de la vie à bord, à la source d'un découragement qui peut conduire au désespoir ". Entre touristes et sans-grades, la croisière est " un précipité du nouvel ordre du capitalisme, avec son art consommé des inégalités " et " son imaginaire mondialisé, exculturé et déterritorialisé ", constate l'auteur. Plaidant pour une généralisation de la présence d'un aumônier à bord, Thomas Ziegler garde une certaine nostalgie de cette expérience humaine. Pas sûr cependant que son livre donne follement envie de séjourner sur " ces navires devenus des armes de divertissement massif... "